Zeniter

Juste avant l’oubli Alice Zeniter
Flammarion, 2015, 288 pages

Mirhalay, une île très particulière des Hébrides. C’est là que Galwin Donnell est venu se retirer après son divorce. Il était un auteur de polar mondialement célébré, il est « tombé » d’une falaise en laissant son dernier roman inachevé, ouvrant ainsi la porte au phénomène Edwin Drood (dernier roman de Dickens, inachevé, la terre entière a proposé des épilogues possible). Depuis, sur cette île inhabitée (à l’exclusion d’un gardien), sont organisées chaque année des journées d’études internationales, réunissant tout ce petit monde des lettres pour une dizaine de jours. Cette année, l’organisatrice en est Emilie, qui consacre sa thèse (une reconversion) à Galwin Donnell. Franck, son amoureux depuis huit ans, vient la rejoindre après trois mois de séparation et alors qu’ils s’étaient quittés fâchés. La mer est partout, le vent souffle à grand bruit en permanence et les conférences s’enchaînent…
C’est bien dommage que le soin de la narration soit confié à Franck parce qu’il ne parvient jamais à nous embarquer avec lui – on se moque de ses états d’âme et on ne voit pas du tout ce qu’Emilie lui trouverait ou lui aurait trouvé, pas plus que l’avenir de leur couple ne nous intéresse – tandis que le même roman du point de vue de n’importe lequel des participants aux journées d’études aurait sans aucun doute donné une dimension transverse à tout ça. L’île, elle, se fraie son chemin avec éclat à travers les pages, elle existe, on sent les odeurs, on sent notre peau rougir sous l’effet des embruns, on trouve le gardien tout de suite bien inquiétant et on se régale absolument avec toute la dimension littéraire : un faux écrivain et son analyse critique par le prisme de personnes très différentes, une fausse oeuvre et de fausses citations, tout cela est formidablement réussi.

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