Black-Museum-d-Alexandre-Kaufmann-Flammarion

Black museumAlexandre Kauffmann

Flammarion, 2015, 240 pages

« Quand il est enfin sorti, le reportage m’a fait honte : il était plein de lieux communs et de nostalgies paresseuses.« 

Pas facile de réaliser un reportage sur les Hadza, même dans de bonnes conditions (mission pour un grand magazine de voyages) : ce peuple de chasseurs-cueilleurs échappe à toute catégorisation, et sur place, ils ont organisé leur propre folklore (ils y participent, disons). Alexandre Kauffmann, dans ce récit réjouissant, nous raconte son séjour dans une première partie. Puis il rentre à Paris, met à la porte sa colocataire (qui le phagocytait quelque peu), et ne s’en sort pas. Peu à peu, il développe une certaine obsession pour les Hadza, se mettant à voir des liens partout et en parlant sans cesse (même sa mère (sa mère !) lui dira à un moment ah non, pas encore les chasseurs Alexandre !). Il rencontre Grace, que cette fascination ne gêne pas, mieux, elle trouve du travail en Tanzanie. Les y voilà installés pour de bon. L’occasion de fréquenter au long cours le peuple hadza…

Dépaysant, ce livre l’est sans aucun doute, et ce tout autant dans les nombreuses anecdotes relatées – du classique serpent aux parties de chasse déshydratantes au possible (à lire avec une bouteille d’eau !) que par la plume elle-même : Alexandre Kauffmann ne cherche pas les effets de style et se montre d’une très agréable franchise (par exemple quand il dit que pour lui l’anthropologie en tant que discipline le dépasse un peu – et tout ce qu’il rapporte des thèses défendues par Frank Marlowe). Il raconte ce qu’il a vécu à titre personnel, la façon dont il est particulièrement malaisé de comprendre les Hadza, leur individualité féroce dans une vie de partage absolu, ce qu’on projette malgré soi et l’effort nécessaire pour se libérer des automatismes (ou pas).

On lit ça avec gourmandise, amusement, grand intérêt, et comme le chauffeur du premier séjour, on a envie de dire, Alexandre Kaufmann c’est mon ami, il me fait rire, je l’aime bien 😉

J’aime bien aussi l’avis de la librairie Les cinq continents.

« J’étais toujours content de partir en voyage, et plus encore de revenir. Le plaisir de larguer les amarres, pour moi, tenait en grande partie à la perspective du retour. Le monde qui m’avait vu naître, je pensais pouvoir le tenir à distance, pas lui échapper. Enfermement consenti. On s’emprisonne auprès de sa famille, de ses amis, de ses connaissances, arrimant l’autre d’un regard ou d’une attente, pour dériver côte à côte, pour ne devenir que soi-même, une personne composée à plusieurs, dans une sorte de tyrannie collective. Sous d’autres latitudes, l’esprit prend au contraire sa véritable mesure, il passe en revue les années passées, considère celles qui s’annoncent, se rappelle la présence des êtres chers. Peut-être ne voyage-t-on que pour ça, pour se souvenir de ceux qu’on aime, pour songer au plaisir de les retrouver en étant un autre homme.« 

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