Berest

Recherche femme parfaite Anne Berest
Grasset, 2015, 304 pages

Bienvenue dans le monde d’Emilienne ! Photographe – de métier – pas connue, mère d’un ado qu’elle a élevé comme il faut – c’est-à-dire en oeuvrant à le détacher (directement, tout de suite, hop), de la suite dans les idées mais une conception très personnelle d’à peu près tout. Sa voisine et amie (d’enfance) Julie est brutalement hospitalisée pour un gros, gros craquage et c’est pile le moment de réaliser une oeuvre (photographique donc) destinée à concourir à Arles (la Mecque); son thème ? La femme parfaite. Au départ, l’idée est de demander à Julie « sa » femme parfaite (une inconnue, de préférence), d’aller l’interviewer, de lui demander à elle la sienne et ainsi de suite. Mais ça ne va pas tout à fait (euphémisme) se passer comme ça…

Une comédie pétillante et délicieusement dingue, qui propose (sans se cacher en rien) une vraie réflexion (presque un état des lieux) sur ce concept de perfection féminine et plus largement, sur ce qu’est la Femme. Des trouvailles fantaisistes du tonnerre – beaucoup de vraies choses d’ailleurs, présentées sur un mode léger mais dont le fond est bien réel (par exemple, ce film  « Der Lauf der Dingen« , dont on peut avoir un aperçu ici). Une intrigue qui fonce et un dernier chapitre absolument merveilleux, qui nous rappelle (et nous donne à connaître surtout) quelques personnages féminins à travers les siècles qui méritent toute notre attention.

(Par exemple :  « Et même lorsqu’elles s’exposent, lorsqu’elles émergent, l’histoire de l’art omet souvent de parler d’elles. Qui se souvient de Catharina van Hemessen, peintre flamande, qui fut la première de l’histoire de l’art à faire un autoportrait d’artiste devant son chevalet, à l’âge de vingt ans ? »)

Mention spéciale (comme Cathulu, qui m’avait donné envie) à Marie-Amélie Roussel qui m’a fait hurler de rire (pour de vrai, le passage Sophie Calle – et la chute, surtout – une merveille !)

« Je me souviens d’Anne, dite Ninon de l’Enclos, enfant prodige qui citait Montaigne et fut initiée à l’art d’être courtisane, qui baisait et lisait encore à l’âge quatre-vingt cinq ans. Dans son testament, elle légua une bibliothèque remplie de livres à un jeune enfant qui la bouleversa par son intelligence, le futur Voltaire. »

« (…) plonger le nez dans le magazine féminin que Michel m’avait acheté. La fille sur la couverture portait une chemise blanche, monacale, qui lui arrivait en haut des cuisses. Mais curieusement, rien en bas. Au premier coup d’oeil, on avait l’impression qu’elle avait oublié de mettre un pantalon, un peu comme dans ces cauchemars où l’on se rend compte, une fois dans le métro, qu’on est sorti de chez soi en soutien-gorge. Pourtant le magazine titrait : « Les cinquante femmes les mieux habillées du monde». Intriguée, je feuilletai les pages de l’article mais il n’y avait aucun doute, clairement, toutes ces femmes soi-disant élégamment habillées, l’étaient en dépit du bon sens et de ce qui convenait à leur morphologie – on aurait pu aussi bien titrer l’article « Toutes ces femmes sont folles », cela marchait aussi. »

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