« Ce n’est pas facile de parler de peinture, on en vient généralement à parler de soi. Comme lorsqu’on parle d’un livre, d’ailleurs, nous avons chacun nos raisons de l’aimer ou de ne pas l’aimer. Le livre ou la toile cristallisent des émotions qui sommeillaient en nous et parfois il nous faut plusieurs jours pour parvenir à les formuler.« 

Duroy

Echapper Lionel Duroy

Julliard, 2015, 277 pages

De Lionel Duroy, j’avais lu « Vertiges » avec intérêt et beaucoup aimé « L’hiver des hommes« , aussi en découvrant qu' »Echapper » était le roman retenu par le jury de novembre j’étais plutôt confiante : sa lecture m’a pourtant été pénible; je l’ai trouvé ennuyeux et agaçant !

Augustin, double fictionnel de Lionel Duroy, est parti s’installer vers Husum, une ville d’Allemagne. Fortement impressionné par « La leçon d’allemand« , le roman de Siegfried Lenz, il espère retrouver dans les lieux quelque chose des sensations ressenties en le lisant, prétextant pour rire – pour de faux, comme les enfants (donc, comme eux, pour de vrai sur un certain plan) – effectuer des recherches pour en écrire une éventuelle suite. S’immergeant dans la vie réelle de d’Emil Nolde (le peintre ayant été le modèle du roman), et parti  jusqu’à Mølgentønder, au Danemark, il rencontre Suzanne…

Le roman est court (pas même trois cent pages) mais le propos est délayé : nombreuses descriptions, décortications minutieuses d’agissements basiques (il se lève, il marche, il mange, il fume etc.) et dialogues plats voire creux, l’effet est soporifique. J’ai eu beaucoup de mal avec le personnage d’Augustin, si Suzanne lui plaît c’est parce que quelque chose en elle lui rappelle sa première femme, qui déjà elle-même lui faisait penser à sa cousine, et en disant ça on a l’impression qu’il croit mettre au jour une observation d’une sagacité extrême, sa logeuse lui fait du gringue, une parfaite inconnue s’offre à lui sans cérémonie, si sa fille lui écrit c’est pour le « récupérer », j’en passe, à un moment, c’est simplement trop, cette immodestie permanente.

On voit bien le plan d’ensemble désiré par l’auteur, croiser plusieurs destins (et périodes) et montrer combien chacun cherche toujours à échapper à quelque chose (Augustin à Esther, les peintres (le vrai et le fictionnel) à l’interdiction nazie, les habitants de la côte aux assauts de la mer, etc.) mais en ce qui me concerne, c’est resté inerte, morne, poussif.

Logo Grand Prix Lectrices ELLE

Publicités