« Je devrais peut-être partir, répondit Etta. Dans un endroit pour les gens qui s’oublient eux-mêmes. Mais je me souviens, dit Otto. Si je me souviens et que tu oublies, on peut sûrement s’équilibrer.« 

etta

Etta et Otto (et Russell et James)Emma Hooper

Les Escales, 2015, 432 pages

Traduit de l’anglais (Canada) par Carole Hanna (Etta and Otto and Russel and James)

Etta, 83 ans, part un beau matin depuis le Saskatchewan pour voir la mer. A pieds. Sans rien (qu’un peu de chocolat et son fusil). Son mari Otto est d’accord. Il l’attendra. Il ne sait pas trop comment faire, sans elle, mais il essaiera. Leur voisin, Russell, a plus de mal…

Une histoire toute simple en apparence. Mais pour son premier roman, Emma Hooper a choisi un angle qui la place d’emblée dans la famille des Véronique Ovaldé ou Audur Ava Olafsdottir; sa plume est empreinte de ce réalisme magique qui mêle avec délicatesse les choses les plus concrètes (comment activer une levure, par quel moyen se souvenir de qui on est…) à l’impalpable du merveilleux (un coyotte qui parle, des rêves qui vous placent dans la peau de l’autre…) et tout fonctionne si joliment !

On se prend d’une solide affection pour ce trio étrange, que l’on apprend lentement à connaître, par le biais des lettres que s’échangèrent Etta et Otto dans leur jeunesse. Otto et sa fratrie innombrable, Russell et sa patte folle, Etta et sa mémoire qui fout le camp. La poussière du Saskatchewan, la guerre, travailler et attendre, attendre et travailler.

Un roman magique, d’une douloureuse douceur.

Net Galley

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