« Mais il y a des contrepoisons, toujours. L’un d’eux, dans ce que la vie représente pour moi, ce mot, livre. Reste pour moi, après des décennies, l’un des plus puissants de la langue. Il me suffit de l’entendre, voir ou dire pour éprouver jusqu’à physiquement ce qu’à la fois il soulève, enveloppe, contient, ouvre. Le seul peut-être à me relier intégralement à l’enfant, abîmée compris. Objet talisman, gri-gri, protection magique. Un des seuls à contenir Réel, Imaginaire et Symbolique ensemble. Livre, dès lors que poétique, littéraire, possédant sa propre langue, est l’antithèse de la langue exterminatrice. Lire m’a recousue, bordée, aimée, défendue, élevée, entourée. Je ne dépasse pas la première page si cela ne me convient pas. J’entends qu’on fasse pareil avec ma langue. Que ma langue aussi puisse en recoudre certains je le sais; que certains ne la supportent pas, aussi. Entrer dans une langue que je découvre et aime aussitôt est un des bonheurs les plus subtils et nourriciers que je connaisse.« 

Dominique SigaudTendres rumeurs (Les éditions du Sonneur)

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