Thompson
Une étonnante retraiteTed Thompson
Gallimard, Du Monde Entier, 2015, 327 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville (The Land of Steady Habits, 2014)

En librairie le 1er Octobre (Reçu dans le cadre de l’opération « Masse Critique » de Babelio)

C’est la fête de fin d’année chez les Ashby. Elle se déroule tôt dans le mois de décembre, elle lance la période des fêtes et elle est plus qu’une tradition : une institution. Anders Hill a reçu une invitation, et il s’en étonne; son divorce récent, considéré comme un « abandon de famille » dans son milieu du Connecticut – même s’ils frôlaient tous la soixantaine – aurait dû l’exclure définitivement des fréquentations des amis de son ex-femme. Mais il décide de s’y rendre, et ça se passe – évidemment – très mal. Pas pour les raisons attendues, ceci dit…
« Une étonnante retraite » est un (premier) roman étonnant, en ce sens qu’il a été écrit par un tout jeune homme et traite des relations familiales depuis le point de vue d’un sexagénaire avec beaucoup de naturel.
La tonalité générale est feutrée, Anders donne l’impression d’avoir toujours été plus ou moins dépressif – on remonte loin dans sa jeunesse et on comprend combien son choix de carrière s’est fait « contre » ses valeurs profondes et combien ça a affecté le reste de son comportement; l’accent est très bien mis sur nos contradictions à tous, ce qu’on est amené à faire pour le bien (ou ce que l’on croit tel) de ceux qu’on aime et comme ça nous mine bien plus profondément qu’on aurait pu l’imaginer.
En alternant les narrateurs et en faisant exploser un drame, Ted Thompson nous offre un roman subtil et grave que l’on parcourt avec grand intérêt.

Albertine a aimé aussi.

Le mois dernier, toujours dans l’opération Masse Critique, j’avais tenté de lire « Tourner la page« , d’Audur Jonsdottir mais le roman a été plus fort que moi : malgré une lutte constante, je me suis laissée déborder par sa difficulté. Son sujet de fond, pourtant, avait tout pour me plaire – on y suit la jeune Eyja dans sa lutte pour mener à bien l’écriture d’un roman – et ça se passe en Islande, pays qui m’attire depuis longtemps. Mais la construction, qui, en courts chapitres, passe d’une époque à une autre et pratiquement d’un sujet à l’autre dans le même paragraphe, et surtout le style à la fois très elliptique et empli de métaphores et de références m’a perdue. Eyja est la petite-fille d’un poète islandais reconnu, sa mère a écrit également (avant de s’arrêter net quand le tour d’Eyja est venu. Sauf pour les élégies mortuaires, avec une très belle plume) et cet héritage lui est lourd à porter, presque autant que son étrange mariage avec un alcoolique de vingt ans son aîné ou ses kilos en trop (ou son épilepsie). Sans parler de l’avalanche qui a enseveli vivants vingt personnes du village où elle vit. Bref, tout ça est dévorant, étrange, Eyja se cherche et tâtonne, je jette l’éponge.

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