tania de montaigne

NOIRE, la vie méconnue de Claudette ColvinTania de Montaigne

Grasset, collection Nos Héroïnes, 2015, 165 pages

Le 13 novembre 1956, la cour Suprême des Etats-Unis casse les lois ségrégationnistes dans les bus, les déclarant anticonstitutionnelles. Rosa Parks est restée pour la postérité celle qui est à l’origine du long combat qui a été mené pour arriver à l’abolition de cette ségrégation absurde, marqué également par Martin Luther King (absurdes dans leur esprit même et incohérentes dans leur pratique: par exemple, les noirs devaient payer à l’avant du bus, puis en sortir car ils n’avaient pas le droit de traverser la partie réservée aux blancs, pour rentrer par l’arrière; parfois les bus partaient avant qu’ils ne soient montés, bien qu’ils aient payé).

Mais personne ne se souvient de Claudette Colvin, et pour cause. L’histoire retient à son sujet des choses diverses, le plus souvent erronées.

Tania de Montaigne entreprend dans ce court document de nous parler d’elle, la jeune fille de quinze ans qui a un jour de 1955 refusé de céder sa place à une personne blanche et qui a été un temps envisagée comme figure de proue du mouvement, nous racontant pourquoi et comment Claudette a été écartée.

Pour ce faire, elle choisit l’interpellation directe du lecteur (« Suivez ma voix, désormais, vous êtes noir« ) ou s’adresse à Claudette, procédés qui ne m’ont pas plu; en revanche, j’ai trouvé formidables les chapitres où elle parvient à nous faire ressentir la montée du boycott, les tracts, les bus qui restent vides (aucune personne noire n’y monte) et encadrés de policiers (quelle erreur tactique du maire !) et la débrouillardise de tous ceux qui marchent ou partagent des voitures (les taxis qui font un prix spécial); on a l’impression de toucher du doigt ce sentiment d’incrédulité devant l’action qui se met en place. Et on comprend finalement que Claudette Colvin, toujours vivante en 2014 (75 ans), n’ait pas souhaité rencontrer l’auteure et soit désireuse de continuer à mener une vie tranquille, maintenant.

Tania de Montaigne s’infiltre elle-même entre ses pages, laissant sourdre ça et là quelques exemples de pensée raciste « sans intention » – ne serait-ce que le sujet des cheveux (déjà abordé longuement et efficacement par Chimamanda Ngozi Adichie dans son très bon roman « Américanah« ).

Jolie conclusion également : « Il faudrait être fou pour penser que depuis les années 1950 tout a changé, que le racisme n’existe plus, que chacun avance sans préjugés; mais il faudrait être aveugle pour ne pas voir que pour cent reculs il y a mille avancées. C’est sur elles que je mise. Jim Crow saute toujours, mais la différence entre hier et aujourd’hui, c’est peut-être que nous ne pensons plus que c’est la seule chose qu’il puisse faire. »

L’avis de Marion.

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