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Pour vous servir Véronique Mougin

Flammarion, 2015, 366 pages

Un métier : gouvernante. Une personnalité : Françoise. Vingt ans d’expérience. Un mari qui taquine un peu trop la bouteille et n’a pas les moyens intellectuels de ses (pourtant modestes) ambitions, un fils élevé à la va-comme-je-te-pousse et des employeurs divers et variés avec un seul point commun : de l’argent comme vous et moi n’en aurons jamais. Françoise nous livre un récit fielleux dont l’acrimonie finit par rattraper le lecteur; bien que la plume soit incontestablement virtuose et l’ironie souvent très drôle, je me suis sentie de plus en plus mal à l’aise entre ces pages dont on finit par se lasser.

« Ici c’est une grande famille. Quand un chauffeur veut un congé ou une augmentation, il vient me voir, je l’écoute et je le vire. » Michel Audiard (Cent mille dollars au soleil)

« Pourtant, de temps en temps, l’un des amis de Monsieur ou l’une des invitées de Madame s’installe à mes côtés et me parle. Cette personne très importante ne se contente pas de me complimenter : elle me pose une question. Sur moi. Ma famille, mes goûts, parfois même mon opinion. Nous causons. Après coup, j’apprend que cet homme ou cette femme est le spécialiste international des trous noirs, le génie de la fusion-acquisition, l’économiste que le monde entier s’arrache. Ca ne rate jamais : les VIP les plus courtois sont aussi les plus brillants. Inversement, ceux qui jettent leur manteau pour que je le ramasse, ceux qui ne remercient jamais et tous ceux qui, malgré les années, ne connaissent toujours pas mon prénom, sont aussi les plus bêtes. Ils ont hérité. Ils ont gagné par hasard. Ils ont grimpé par filouterie. Leur mérite est ridicule, alors ils gesticulent, ils snobent, ils se hissent. Ils se prennent pour des géants, ce sont des farfadets. »

« Douglas s’était réconcilié avec sa vraie nature : il était sobre, en tout et pour tout.
– L’hubris, voilà l’ennemi !, affirmait-il souvent.
Par la grâce du Petit Larousse, je finis par comprendre que Monsieur incriminait la « démesure », en grec ancien dans le texte. J’en informai aussitôt Yvonne, pressée de savoir qui était ce Lou-Brice que le patron avait spécialement dans le nez. »

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