livre-bouche

Photo: annonce pour des livres audio conçue en Inde par Jitendra Patel et Arshad Shaikh.

Je reprends (l’excellent) titre qu’avait donné Kathel à son billet du 24 septembre dernier par pure taquinerie : je n’ai aucune idée de ce qu’est, doit être ou devrait être un « bon » blog. En revanche, c’est un sujet qui m’intéresse, le blog. Les blogs. En général et ceux consacrés à la lecture en particulier. On en parle beaucoup, ces derniers temps, sur le web. Enfin, les blogueuses en parlent beaucoup; entre elles, la plupart du temps. Quelqu’un qui ne tient pas de blog se moque totalement du sujet, n’a pas d’avis, ne cherche pas à en avoir, c’est normal, mais nous, nous… Pourquoi donc est-ce qu’on consacre tout ce temps, parfois depuis de nombreuses années, à trousser billet après billet, à ressentir une petite pointe quand les jours s’ajoutent aux jours pendant lesquels on n’a rien « publié » ?

J’ai arrêté plusieurs fois de bloguer, pour des raisons différentes. Je n’ai pourtant jamais arrêté de fréquenter les blogueuses, et de parler abondamment du sujet. Mon avis n’est pas formé, j’oscille entre différentes considérations – parmi lesquelles les plus sévères – mais J’AIME bloguer. Au fond, pour moi, tout est là. J’aime avoir envie de rédiger quelques lignes sur un livre que je viens de terminer, comme si je lançais un tout petit caillou qui, peut-être, par hasard, dans longtemps, sera utile, d’une façon ou d’une autre, à quelqu’un. Ce n’est pas grave si je ne le sais jamais, ça n’a pas d’importance si c’est à une seule personne; j’ai lu, j’ai eu quelque chose à en dire, je l’ai dit. J’ai ajouté ma petite briquounette à la vie des livres. Ca compte, à mes yeux.

Car évidemment, on blogue d’abord et avant tout pour soi. Bloguer, c’est entretenir, avant toute chose, une conversation avec soi-même. En public, d’où l’aspect très légèrement chtarbé du truc, mais dans un mouvement très intériorisé. Sinon on s’investit dans un forum, un réseau social ou n’importe quoi de collaboratif. Mais pour qui a envie d’ouvrir une porte vers les autres sans être contraint dans diverses obligations, c’est tout de même un outil assez génial.

J’entends bien le sens des interrogations de Mior quand elle prêche le slow blogging, je les partage évidemment, même si dans l’idéal j’adorerais être en mesure de publier un billet quotidien. Mais ça ne me préoccupe pas plus que ça, tant pis si la réalité est plus proche d’un ou deux billets par semaine (les bonnes semaines :)) ou pire.

Ce que j’ai constaté, en ce qui me concerne, c’est que si un blog m’intéresse c’est parce que je ressens une affinité avec la personne qui le tient, et que ce lien une fois tissé ne s’efface pas devant les aléas de la vie numérique. Par exemple, où est Mango ? Ses RDV du mercredi me manquent, et c’est pour elle et avec elle que j’avais plaisir à les honorer (j’espère qu’elle va bien, surtout !). De même, Anne l’Insatiable Lectrice hante encore ponctuellement mes pensées, même si je sais que tout va bien pour elle.

Je ne lis pas énormément de blogs, et pas très régulièrement non plus, mais je le fais toujours avec plaisir, même si je commente rarement. Parfois la technique joue carrément contre moi, par exemple je ne peux plus du tout commenter chez Papillon (« Le jeton CSRF est invalide. Veuillez renvoyer le formulaire. » me dit-on à chaque tentative ?…) et pourtant, quel bel exemple que ce blog. Droit dans ses bottes depuis le premier jour de sa création, des billets absolument bluffants, des goûts parfois très opposés aux miens mais toujours exposés de manière intéressante. Je me souviens d’une conversation d’ailleurs, dans une période où je disais un blog, moi, plus jamais, c’est fini tu m’entends, f.i.n.i., et où sa façon de m’expliquer très simplement la joie qu’elle ressentait quand elle avait passé du temps sur un billet, pour exprimer le plus précisément possible sa pensée en mots choisis et tout, comme ça m’avait fait envie, d’un coup.

Alors oui, je crois que bloguer autrement est possible, sans course à l’échalote, sans désir forcené de dresser les remparts d’une immense communauté autour de soi, sans grande gloire mais avec beaucoup, beaucoup de plaisir.

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