« Voilà peut-être pourquoi je suis perpétuellement déçu : j’attends du monde qu’il soit bon. Comme un chiot. Et c’est ainsi que, tel Prométhée, jour après jour je suis défait.« 

Meyer

Le FilsPhilipp Meyer

Albin Michel, collection Terres d’Amérique, 2014, 688 pages

Trad. Sarah Gurcel (The Son, 2013)

Trois narrateurs principaux (un bref dernier à la fin) pour cette traversée du Texas sur plus d’un siècle. Au départ, on s’immerge avec délice dans le récit d’Eli, milieu du 19°, qui commence par un repas pantagruélique qu’organise sa mère en représailles à l’absence de son père. Les Indiens viendront faire un carnage et Eli est enlevé : sa vie parmi eux est rien moins que passionnante, il sait nous communiquer comment – et à quel point – son coeur ira totalement à ses nouveaux compagnons. En comparaison, les souvenirs très confus (disons sautillants) de son arrière-petite-fille depuis sa grande vieillesse (elle parle en 2012) paraissent bien fades, tout comme ceux de Peter (fils de l’un et père de l’autre), le « tendre » de la famille. Et puis insensiblement les deux autres récits nous rattrapent, à travers eux on touche du doigt les évolutions de la société, ce qu’elles modifient dans une personnalité, aimer celle qui n’est pas autorisée, étouffer sous le poids de la maternité, le pétrole, le racisme ordinaire, j’en passe. Le tout est formidablement conté et montre avec force la violence, d’abord purement triviale et agressive, qui devient rapidement larvée et tout aussi insupportable. Un Texas explosif, un roman qu’on ne voudrait pas quitter et un Western très réussi.

Ils en parlent bien : Wollanup, Papillon, Ys, Gambadou, …

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