« Après tout ce qu’il a traversé, il mérite d’être heureux. Je préfèrerais juste que ce soit avec moi.« 

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La fille du trainPaula Hawkins

Sonatine, 2015, 378 pages

Traduit de l’anglais par Corinne Daniellot (The Girl on the Train 2015)

Je ne sais plus quel chroniqueur du Masque et La Plume définissait récemment le travail d’un « vrai » auteur par les fragments; il disait (ce ne sont pas les termes exacts) quelque chose comme on s’en fout, au fond, de l’histoire, ce qui compte c’est la voix, les détails, les miettes au détour des phrases. L’idée n’est pas neuve mais elle est pénétrante, et elle s’applique, à mon sens, à ce roman de Paula Hawkins. La narration est assurée par trois femmes, l’une d’elles, qui débute le roman, a tout perdu : son mari, sa maison, son boulot, et surtout, sa dignité. En pleine spirale destructrice, elle feint de se rendre chaque jour au travail et contemple, avec une avidité toute morbide, son ancienne maison depuis le train qui passe devant. Ce faisant, elle affabule sur de nouveaux voisins dont elle scrute la vie depuis ce bref point de vue ferroviaire. Elle saisira évidemment l’occasion de s’immiscer dans ce quartier (son ancien) lorsqu’un drame surviendra. Mais rien n’était en réalité ce qu’elle s’en imaginait… Un roman qui commence très lentement, prend « sens » vers sa moitié et nous laisse deviner sa clef trop rapidement (je me disais que c’était « ça » depuis pratiquement le début !) : pour moi, le suspens est non seulement ténu mais encore pas super bien ficelé quant au dénouement : trop vite, trop fort et sans grande vraisemblance psychologique. Pourtant, la manière dont la narratrice principale m’a tapé sur le système est – selon moi toujours – la preuve que ça fonctionne tout de même. Sa façon de toucher le fond à répétition tout en mobilisant inlassablement ses fermes nouvelles résolutions (la définition même de la promesse d’ivrogne :)), le côté brumeux de son récit, les toutes petites choses qui font qu’on ne peut s’empêcher de s’identifier à l’une ou à l’autre parfois, tout ça est accrocheur, et fait passer bien des choses. Une fois la dernière page tournée, je suis mitigée, mais j’ai tout lu quasi d’une traite quand même.

Cathulu a moins de réserves !

« La vie devait être tellement plus simple pour les alcooliques jaloux avant les e-mails, les textos et les téléphones portables, avant l’ère de l’électronique et toutes les traces que cela laisse.« 

« Quelque chose ne tournait pas rond, et j’ai fini par me rendre compte que c’était moi.« 

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