« Il vous aurait volontiers affirmé que tout le monde peut mener boire un cheval et que tout le monde peut le forcer à boire : il suffit de le hocker; de le hocker encore et de continuer à le hocker jusqu’à ce qu’il entende raison et s’exécute. (hocker : un yiddishisme qui, dans ce contexte, signifie harceler, matraquer, s’acharner à coup de mises en garde, décrets et arguments – bref, forer, au moyen de mots, un trou dans la tête de quelqu’un.)« 

Roth

Patrimoine (Une histoire vraie)Philip Roth

Gallimard 1992 & Folio 2011, 252 pages

Traduit de l’américain par Mirèse Akar, Patrick Gador et Maurice Rambaud (Patrimony A True Story, 1991) (Ce ne sont pas les mêmes noms de traducteurs sur la 2° et la 4° de couv. ?!…)

En racontant les derniers mois de son père, atteint d’une tumeur au cerveau, Philip Roth joint sa pierre à l’édifice de ceux qui entreprennent de mettre des mots sur les notions essentielles de l’Humanité, et aussi éprouvants que soient ces thèmes et leurs déclinaisons, on trouve également un profond réconfort entre ces pages. Tous égaux devant les déchirements, tous capables d’endurer ce qui intellectuellement nous semble inconcevable. Et la vie continue, toujours.

« – Ecoute, mets un pull et tes chaussures de marche, moi je vais appeler Lil, si elle veut nous accompagner, nous sortirons tous les trois faire un petit tour. Il fait une journée superbe, tu ne peux pas passer ton temps enfermé ainsi, les stores baissés et tout le reste à l’avenant.

– Je suis très bien dans l’appartement. »

Je lui dis alors cinq mots, cinq mots que je ne lui avais encore jamais adressés de ma vie: « Fais ce que je dis. Mets un pull et tes chaussures de marche. »

Et ils firent merveille, ces cinq mots. J’ai cinquante-cinq ans, lui a près de quatre-vingt sept ans, et nous sommes en 1988 : « Fais ce que je dis », je lui dis ça, et il le fait. C’est la fin d’une époque, le début d’une autre.« 

 » (…) et j’ai pensé : « Je sais d’où viennent les failles des gens, on le sait tous, mais où est la source de la force ? Deux hommes qui affrontent ainsi ce genre de situation, d’où tirent-ils leur force ?« 

« Je n’arrive pas à lire, et Dieu sait que je n’arrive pas à écrire, je n’arrive même pas à regarder un stupide match de base-ball. Je n’arrive absolument pas à réfléchir. Je ne peux rien faire.

– Tu n’as pas à faire quoi que ce soit. Après tout, c’est ton père, dit-elle, se moquant de moi à présent. Tu n’es pas obligé de travailler sans arrêts.

– Sans lui, je me sentirai tout drôle et perdu. Et qui a jamais compris ça ?

– Mais on n’est pas obligé de tout comprendre non plus.

– Je ne comprends rien à rien.« 

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