rufin

« Maud n’aimait pas les idées reçues. Elle avait un jour déploré que la plupart des gens ne soient pas capables de comprendre la complexité des choses. Les paradoxes la séduisaient. Ils étaient comme l’aliment de l’intelligence. L’idée que l’humanitaire ne fût pas ce que tout le monde pensait qu’il était, à commencer par elle quelques instants plus tôt, était une découverte troublante, une sorte de défi. Elle s’en serait voulu de ne pas le relever.

– Tu crois que l’humanitaire, ça doit consister à transporter des explosifs ? demanda-t-elle, moins pour ridiculiser le propos d’Alex, que pour l’encourager à poursuivre le jeu intellectuel qu’il avait commencé avec elle.

– Je crois que l’humanitaire, c’est beaucoup de choses. Et il y a aussi beaucoup d’acteurs sur ce terrain. Que les grandes organisations de l’ONU s’en tiennent à apporter des vivres, c’est normal. Il en faut tout de même et elles ne peuvent prendre aucune initiative en dehors du mandat qui leur est confié par les états. Mais les ONG n’ont pas ces contraintes. Elles sont libres. A quoi sert leur liberté, si elle ne leur permet pas d’aller au-delà, de faire des choses interdites ?« 

Tout le propos de fond de Check-Point, de Jean-Christophe Rufin (Gallimard 2015, 379 pages) est dans cet extrait, et ces interrogations (reprises d’ailleurs en postface par l’auteur) sont passionnantes. Malheureusement la partie romanesque ne présente pas le même intérêt, et en suivant dans une sorte de course poursuite cinq humanitaires en Bosnie, on a du mal à les prendre au sérieux. Tout va très (trop) vite, aucun des personnages ne s’incarne au-delà des stéréotypes de sa présentation, et ce qui m’a le plus chagrinée c’est cette espèce de moment final où toutes les pistes qui ont été évoquées au fil des pages trouvent une résolution, j’étais presque gênée pour l’auteur, dont j’avais pourtant fort goûté la langue dans son Immortelle randonnée.

Joli billet de Karine Papillaud, même si je ne partage pas son plaisir.

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