Eden UtopieFabrice Humbert
Gallimard, collection Blanche, 2015, 278 pages

Humbert

Fabrice Humbert a de tous temps été fasciné par la lecture des Rougon-Macquart, de Zola, et particulièrement par « L’Assommoir », se reprochant même une sentimentalité qu’il trouve gênante envers Gervaise. C’est qu’elle lui évoque sa grand-mère Madeleine, et l’ensemble de sa famille lui semble se couler dans quelques caractéristiques de ces deux branches opposées. Les Meslé-Coutris ont certes connu une vie dotée d’une ampleur épique moindre, mais leur traversée du XX° siècle n’en est pas banale pour autant, et la retracer présente un intérêt certain pour le lecteur. De la création d’une fraternité communautaire au lendemain de la deuxième guerre mondiale, aux contours du protestantisme, en passant par la politique, l’ultra gauche, Action Directe, le haut patronat ou les mondanités de Ramatuelle/St Tropez, Fabrice Humbert enquête, écoute, esquisse des portraits, se remémore des anecdotes personnelles (très tendres mercredis après-midi avec sa grand-mère) et tente de considérer avec recul son propre cheminement dans cette grande famille. Parce que je suis de la même génération, j’ai été touchée par l’évocation des années 70, Rahan, les pois sauteurs du Mexique de Pif Gadget, les photos de classe de CM2 où la notion de marque n’existe tout simplement pas pour les vêtements, et d’une manière générale l’air du temps de chaque période est finement rendu; c’était d’ailleurs là une de ses inquiétudes, tant la façon dont la société dans son ensemble considère certains évènements se modifie profondément avec le temps. D’abord envisagé comme une fiction, son livre a dû se dépouiller du romanesque pour qu’il puisse avancer, mais son angle est incertain, la plume semble en permanence tentée de raconter autrement, les protagonistes paraissent demander à devenir des personnages, et pour finir je ne suis pas parvenue complètement à comprendre l’intention. Une lecture en demi-teinte.

« Ces jeunes gens vivaient dans le monde étroit et merveilleux des certitudes, des douceurs communautaires et de l’espoir. »

« Un épisode stupéfiant. Ma mère, m’emmenant faire une promenade en hiver, dans l’air glacé et gris, me voit les doigts gelés et m’entraîne dans la première boutique, un de ces magasins de gros qu’on trouvait rue Michel-le-Comte, pour m’acheter des gants. Je suis absolument éberlué par cette facilité : j’ai froid et ma mère m’offre aussitôt des gants. Il me semble n’avoir jamais connu dans ma vie l’impression d’un luxe aussi immédiat, évident. Cette promenade avec ma mère est une des grandes joies de mon enfance. »

« Qu’est-ce qu’un milieu social ? Une pénétration irrésistible de l’être par mille détails, mille conceptions du monde, mille pressions inconscientes qui nourrissent, forment, sanglent, enserrent, étranglent, pour le meilleur et pour le pire. »

Une lecture effectuée dans le cadre du Club des Explorateurs pour Lecteurs.com (merci à Isabelle qui m’a proposé d’être sa filleule).

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