maviedepingouin

Ma vie de pingouinKatarina Mazetti

Gaïa, 2015, 270 pages

Traduit du suédois par Léna Grumbach (Mitt liv som pingvin, 2008)

Cap sur l’Antarctique ! C’est une sacrée croisière, onéreuse, qui permet de voir des choses merveilleuses (la nature, la faune, la flore) et qui offre un concentré d’humanité lui aussi riche en observations. Cinquante personnes, plus le personnel, des conditions de navigation parfois hostiles, deux trentenaires : un Tomas au fin fond de la dépression & une Wilma d’une joie de vivre envers et contre tout (elle a son lot de « tout ») et une Alba de 72 ans, bien décidée à atteindre les 120, qui entreprend un carnet à la Darwin inversé; le tout mené par la plume rieuse d’une Katarina Mazetti en pleine forme, ça donne une comédie romantique ultra sympa qu’on engloutit sans relever le nez et qui nous laisse tout souriant. J’adore ! Merci Cathulu !

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Le mec de la tombe d’à côté

A ma droite, Benny, 37 ans, qui vit seul avec ses vingt-quatre vaches (et quelques moutons) dans l’exploitation familiale. Pas qu’il ait vraiment la vocation ni le profil type du fermier suédois, mais il s’est décidé une nuit d’été quand il a vu sa mère sous le grand sorbier dans la cour, le bras autour du tronc et les yeux rivés sur les terres. Il ne pouvait pas abandonner tout ça, simplement.
A ma gauche, Désirée, 35 ans, bibliothécaire en charge de la section jeunesse, en passe de devenir femme de Carrière avec Centre d’intérêts Culturels. Trois C, on aurait pu y ajouter deux autres pour Complètement Conne, dit-elle.
Début du combat.
Benny s’occupe régulièrement de la tombe de sa mère, vaincue par le cancer, Désirée va chercher l’affliction qu’elle aimerait pouvoir ressentir sur celle de son défunt mari, fauché à vélo.
Ils se regardent sans aménité du coin de l’œil, au cimetière, mais un jour un sourire partagé produit un arc de lumière bleue pendant trois heures, ou trois secondes. Ca c’est selon Désirée, Benny lui, voit un sourire de gamine en vacances.
Badaboum, le sort en est jeté, B + D = A (lchimie inexplicable.)
Elle, rien qu’à l’évoquer, elle a les ovaires qui s’agitent comme des fous. Lui, il aime même quand elle a ses règles, parce que ça fait très intime, ça dégage un bien-être confortable, l’élève au statut de permanent.
Mais, mais, mais.
Ils n’ont rien en commun.
Et pour jeter des passerelles au dessus des ravins, il faut être en phase…
Formidable, réjouissant, actuel, moderne, intemporel, drôle, tendre, émouvant, léger mais loin d’être creux, je n’en jette plus, mais le cœur y est. J’ai savouré chaque instant de ma lecture, parce qu’il n’y a rien à écarter dans ce roman, on suit nos deux tourtereaux avec une grande tendresse et on voudrait vraiment bien que… malgré…

Traduction (Suède) de Lena Grumbach et Catherine Marcus

Le caveau de famille 

La suite du Mec de la tombe d’à-côté ! Enfin ! C’est peu dire que je l’attendais. Trop, faut croire.

Sept ans racontés à tour de rôle, toujours Désirée et Benny, évidemment, plus quelques autres amenés à traverser leur histoire. Des prises de parole courtes, nerveuses, toutes les trois pages on change d’interlocuteur. Ils ne vivent pas heureux séparés, ils sont à des années-lumière ensemble. Rien ne change, et tout change, parce que la vie avance, on se marie, on a des enfants, on essaye tous de faire de notre mieux mais il n’a pas la même forme pour tout le monde.
Désirée à la ferme ? Benny qui ne comprend pas « qu’avant », il y avait sa mère, sa grand-mère et sa tante pour faire tout ce que fait Désirée. Les enfants à qui il arrive malheur. La fatigue, la fatigue, la fatigue.
J’ai eu un peu de mal à « entrer » dans ces pages, mais fort heureusement me suis laissée entraîner au bout d’un moment, parce que ce qu’évoque Katarina Mazetti est assez universel : le rôle de la femme dans un foyer. Les fins de mois fragiles, qu’un rien peuvent totalement déstabiliser. La façon dont on s’éloigne l’un de l’autre imperceptiblement.
Le ton reste vif et l’angle toujours humoristique, il y a toujours ce côté légèrement abrupt, cette société suédoise qui étonne souvent, mais j’ai moins apprécié que le premier tome, n’y trouvant pas complètement mon compte. Benny fait des efforts, oui, mais je l’ai pris en grippe, ça a été plus fort que moi, et j’ai crié « tire-toi, tire-toi, tire-toi » tant que j’ai pu, mais Désirée ne m’a pas entendue. Maintenant si vous avez aimé le premier tome, je ne vois pas comment vous pourriez résister et ne pas lire cette suite, de toute façon 🙂

Ed. Gaïa, 2011, 238 p.
Traduit du suédois par Lena Grumbach
Titre original : Familjegraven

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