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Le grillon du foyer (conte de fées domestique) – Charles Dickens

Traduit de l’anglais (UK) par Francis Ledoux pour La Pléiade, 1966 (titre original : The Cricket on the Hearth. A Fairy Tale of Home)

Les dernières lignes de ce conte ont semé le doute dans l’esprit de Tamara, qui m’a demandé quelle en était mon interprétation. Je ne l’avais pas lu, c’était vite vu. Mais elle disait « craindre de saisir ». C’était intrigant. Alors…

« Le grillon du foyer » est un conte écrit en 1845 par un Charles Dickens encore jeune, tout spécialement pour Noël, période qui recueille son enthousiasme (il en écrira plusieurs). Il dit : « Mon dessein est de recourir à une sorte de mascarade fantasque qui justifie la bonne humeur de la saison, pour éveiller quelques pensées d’amour et de clémence, qui ne sont jamais hors de saison en terre chrétienne. » Il y met en scène un couple heureux, Dot* et Jean (j’adore cette note : « *. Petit nom d’amitié. Dot, c’est littéralement un point. Au figuré, un mioche.« ). Jean a quelques années de plus que Dot, c’est un brave homme, il ne s’est jamais posé de questions sur son couple, ils semblent très heureux. Ils sont joviaux, ont une vie domestique et sociale épanouie, on assiste à des scènes choupi-trognons sur le bien-être au coin du feu, d’ailleurs un signe ne trompe pas, ils ont un grillon qui grésille (ou craquète) et c’est le bon-heur. Mais le bonheur dérange, c’est une loi universelle, et alors qu’ils ne demandaient rien à personne le riche voisin acariâtre vient se mêler de ce qui ne le regarde en rien et met le doute dans l’esprit de Jean. Qui, quand il tente d’en parler avec Dot, la voit quitter la pièce en pleurs. Il se met la rate au court-bouillon en une flambée et qu’on le retienne ou il ne répond plus de rien. Mais le grillon est là ! En une nuit (très dickensienne) où (par le truchement de fées) il lui remémore qui est la véritable Dot, lui montre les myriades de petits et grands moments qu’ils ont tous deux partagés dans ce foyer radieux et peut-il réellement croire que cette Dot-là irait le trahir en quelque façon, Mmm ? Que nenni, évidemment, et tout s’arrange et c’est la fête, l’acariâtre vient demander pardon avec du gâteau et des jouets, on danse, on chante, tous les coeurs sont gais.

Ensuite il y a un grand espace, et ceci :

« Mais qu’est-ce donc ? Tandis que je les écoute joyeusement et que je me tourne vers Dot pour apercevoir une dernière fois une petite personne qui m’est fort plaisante, elle et les autres se sont évanouis dans l’air, et je reste seul. Un grillon chante dans le foyer; un jouet d’enfant brisé gît sur le sol; et rien d’autre ne demeure.« 

Mon interprétation de ces lignes finales, chère Tamara, est donc celle-ci : c’est un moyen (charmant) de rehausser l’effet « conte » de ce qu’on vient de lire, et qui permet d’introduire la notion de merveilleux, ce n’était qu’un rêve, une débauche d’imagination en cette nuit de Noël nimbée de mystère. Je pense que c’est bel et bien le narrateur qui s’exprime (donc l’auteur) (et pas du tout Jean), celui qui au début nous a fait 8 pages sur le concert bouilloire/grillon pour planter le décor et l’atmosphère, celui qui veut qu’on aime son histoire autant que lui, et qu’on regrette qu’elle soit terminée; il (on) se retrouve tout seul maintenant…

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