« Ah ! savoir que l’on peut revenir et changer les choses, les rendre meilleures… Mais nous ne l’avons pas fait, n’est-ce-pas ? Nous les avons seulement rendues différentes.« 

Replay

ReplayKen Grimwood

Seuil, 1988 & Points, 1998, 432 pages

Traduit de l’américain par Françoise et Guy Casa (1986)

Ma première lecture de ce roman date d’il y a déjà onze ans, et si le thème du voyage dans le temps (et de l’éternel recommencement) m’était bien resté en tête, j’avais bel et bien oublié tous les détails de l’intrigue, qui m’a semblée cette fois subtile et sensible : nous sommes en 1988 et la vie de Jeff est dans une impasse; son mariage bat sérieusement de l’aile, son boulot ne l’épanouit pas, et en pleine conversation téléphonique avec sa femme son coeur déraille. Il pense être en train de mourir et se réveille soudain des années plus tôt, encore étudiant. Après quelques jours de flottement il reprend le cours de cette nouvelle vie, la sienne, la même, sauf qu’il sait quoi éviter et comment gagner de l’argent (parier sur des évènements sportifs dont il connait l’issue, investir dans des sociétés qui vont marcher etc.). Arrivé à quarante-trois ans, paf, re-bobo le coeur et réveil jeune homme, cette boucle se répétant encore plusieurs fois. Pour toujours ? Comment y mettre fin ? Veut-il y mettre fin ? Quel est le sens de ces replays ? Pourquoi ? Pourquoi lui ? Est-il le seul à vivre cette expérience ? 432 pages pour décliner ces questions et mettre en mots les inévitables répercussions d’une vie qui n’engrange rien, sinon de nouvelles interrogations. Il y a quelque chose de vertigineux dans le thème même, et on ressent parfaitement la douleur créée par l’absence de transmission,  tout autant qu’on slalome entre les modifications que Jeff apporte dans ses différentes vies : empêcher ou avancer un évènement important (politique, par exemple), quelles implications ? La société peut-elle être différente ? Avoir la possibilité de recommencer, être en mesure de tâtonner et de tester différents choix de vie apporte-t-il une réponse absolue ? Le tout sous une menace grandissante : chaque « réveil » a lieu plus tard dans sa vie, va-t-il à terme se réveiller mort ? Le lecteur a le choix entre une lecture au premier degré – agréable (bien que le style soit neutre) et prenante, et la plongée tête la première dans la question centrale posée par le roman : qu’est-ce qu’une vie « bonne » ?

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