« C’est de la vraie littérature, dit-elle, une histoire pleine d’humanité qu’on lira encore dans deux cent ans. – Tu parles exactement comme ma mère, dit-il.« 

Adichie

AmericanahChimamanda Ngozi Adichie

Gallimard, 2015, 528 pages

Traduit de l’anglais (Nigeria) par Anne Damour

« Americanah« , c’est l’histoire d’Ifemelu et d’Obinze, qui tombent amoureux l’un de l’autre alors qu’ils sont adolescents, au Nigeria. Ifem part continuer ses études aux Etats-Unis, elle y restera quinze ans, pendant lesquels Obinze passera quelques temps à Londres avant se marier et de devenir papa, au Nigeria. Dans une chronologie un peu éclatée, on accompagne leurs vies respectives en se coulant au plus près de chacune de leurs pensées – et elles contiennent le monde…. « Americanah » c’est un roman dont je savais qu’il allait me plaire à travers ce que j’en avais entendu et lu, mais je ne m’attendais pas à l’aimer à ce point. Résolument contemporain, éclatant de modernité et attachant en diable, je l’ai lu avec une avidité qu’aucune phrase n’a prise en défaut. Ifemelu et ses blogs, ses cheveux, son poids, Obinze et ce petit côté rigide, l’émigration au quotidien, tous les ostracismes et cette manière, que j’apprécie tant, de proposer sous un texte limpide un fond solide et consistant. Un roman qui donne envie de lire Chinua Achebe (Le monde s’effondre), Barack Obama (Les rêves de mon père), Gail Jones, Evelyn Waugh (Retour à Brideshead), James Baldwin, et enfin bien sûr Graham Grene (Le fond du problème).

Ca c’est beau, mais beau! : « Finalement, il dit : « Comme tu as dû être malheureuse et te sentir seule. Tu aurais dû m’en parler. Je regrette tellement que tu ne m’aies rien dit. » Elle entendit ces mots résonner à ses oreilles comme une mélodie et elle sentit sa respiration se précipiter, l’air lui manquer. Elle ne voulait pas pleurer, c’eût été ridicule de pleurer après si longtemps, mais ses yeux se remplissaient de larmes, un poids lui contractait la poitrine, sa gorge brûlait. Les larmes lui piquaient les yeux. Il prit sa main, la garda serrée dans la sienne sur la table et le silence s’alourdit entre eux, un silence ancien qui leur était familier. Elle était à l’intérieur de ce silence et elle y était en sûreté.« 

« Alexia et les autres invités, peut-être même Georgina, comprenaient tous la fuite devant la guerre, devant la pauvreté qui broyait l’âme humaine, mais ils étaient incapables de comprendre le besoin d’échapper à la léthargie pesante du manque de choix. Ils ne comprenaient pas que des gens comme lui, qui avaient été bien nourris, n’avaient pas manqué d’eau, mais étaient englués dans l’insatisfaction, conditionnés depuis leur naissance à regarder ailleurs, éternellement convaincus que la vie véritable se déroulait dans cet ailleurs, étaient aujourd’hui prêts à commettre des actes dangereux, des actes illégaux, pour pouvoir partir, bien qu’aucun d’entre eux ne meure de faim, n’ait été violé, ou ne fuie des villages incendiés, simplement avide d’avoir le choix, avide de certitude.« 

« « Pourquoi faut-il que nous parlions toujours de race ? Ne pouvons-nous pas simplement être des êtres humains ? » Et le professeur Hunk répond : « C’est exactement le privilège des blancs, que vous puissiez faire ce genre de réflexion.  » La race n’existe pas véritablement pour vous parce qu’elle n’a jamais été une barrière. Les Noirs n’ont pas ce choix.« 

Petite revue de blogs :

« le roman phare sur les nouvelles migrations africaines. Il n’y a pas eu, de mon humble avis meilleur traitement du sujet. » chez Gangoueus.

« intelligence et humour » chez Hélène.

« on referme ce pavé animé par l’énergie vitale qui parcourt le récit » chez Leiloona.

« Dense, creusé, pertinent, ce roman qu’on ne lâche pas interpelle«  chez Clara.

« N’ayons pas peur des mots, cet « Americanah » est un grand roman » chez Nicole.

« C’est tour à tour sombre, drôle, décapant, sensible » chez Chris.

« Ce troisième roman de Chimamanda Ngozi Adichie est une merveille » chez Virginie.

« Un roman fondamental et très riche«  chez Bibliolingus

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