« Bien des années après notre séparation, elle dirait à nos enfants, devenus grands, je ne lis plus aucun roman depuis que votre père publie, les écrivains sont tous des malades, même les choses les plus intimes ils les mettent dans leurs livres, ils ne peuvent pas s’en empêcher, je ne comprends pas ce qu’ils cherchent et ce que ça peut bien apporter aux lecteurs. Je ne comprends pas.« 

Duroy

VertigesLionel Duroy

Editions Julliard, 2013 & J’ai lu, 2014, 543 pages

Un écrivain étudie à la loupe la rupture d’avec sa deuxième compagne, une union de vingt ans qui leur a donné deux filles, en remontant à la première (rupture, compagne, deux enfants aussi). Qui a lu Knausgaard a forcément envie de découvrir Lionel Duroy, ne serait-ce que pour affirmer qu’ils n’ont absolument rien à voir l’un avec l’autre. Mais rien. Là où l’un a entrepris une mise au jour visant l’exhaustivité, l’autre transpose et détourne. Les deux manières sont intéressantes, les deux plumes sont d’évidence aguerries et imposent leur style de façon irréfutable. Mais lire « Vertiges » a eu à plusieurs endroits quelque chose de fastidieux, cet Augustin qui n’en finit pas de psychanalyser la moindre parcelle de ses plus infimes croûtes, qui s’examine avec un soin minutieux – mais uniquement rétroactif, et qui semble en permanence se dédouaner (l’horreur de son enfance indépassable) sous couvert d’objectivité m’a plus agacée au final que séduite, malgré l’intérêt de la démarche.

Les avis de : Séverine, L’Irrégulière, …

« Augustin, un écrivain est un type qui décide un jour de monter sur la table pour dire une chose. – Oui, Curtis, vous me l’avez déjà expliqué, mais je me demande si je n’aurais pas mieux fait de rester assis comme tout le monde. – La plupart du temps personne ne l’écoute dans le brouhaha ambiant, mais il peut arriver qu’à un moment certains tendent l’oreille et demandent aux autres de se taire pour pouvoir vous entendre. Ne désespérez pas.« 

« J’écris les mémoires de souverains déchus, de femmes politiques héroïques surgies de nations en plein chaos, d’artistes mondialement reconnus, et en même temps que nous demeurons riches je m’incarne dans la partie la plus lumineuse de moi-même, tournant le dos à l’autre, la sombre, l’épineuse, la désastreuse, qui nourrissait mes livres. Je me découvre intelligent, talentueux, capable d’une empathie pratiquement inépuisable, aimable enfin (moi qui durant toute mon enfance avait soupçonné le contraire dans le regard de notre mère), et mon nouveau visage ne me déplaît pas. Il est bien plus souriant que l’autre, plus ouvert, plus avenant, et d’ailleurs on commence à me dire ici et là que je suis beau. Je veux bien le croire car m’observant de loin dans cette aisance nouvelle que m’apporte le bonheur d’être aimé et de réussir, je suis surpris du charme, j’allais dire de l’élégance, qui émanent de ma personne (en partie du fait que je porte désormais d’assez jolies chemises blanches à la place de mes éternelles Lacoste noires usées jusqu’à la corde). Oui, aisance est le mot juste.« 

==>  (Complaisance aussi, un peu ?….)

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