« Nous n’acceptons pas de réfléchir à la mort, de crainte qu’elle ne nous diminue, qu’elle ne nous souille/contamine par le chagrin, ne nous désarme par quelque infirmité, qu’elle ne triomphe par l’ultime.« 

Tuszynska

Exercices de la perteAgata Tuszynska

Grasset & Fasquelle, 2009, 313 pages

Traduit du polonais par Jean-Yves Erhel

Ils sont des gens du verbe, comme elle dit joliment. Ils s’aiment depuis plus de dix ans, lui au Canada depuis les évènements de mars 1968, elle toujours à Varsovie. Ils se retrouvent tous les deux, trois mois un peu partout dans le monde. Il est divorcé, a deux fils encore jeunes, il est plus âgé qu’elle. Elle n’a pas d’enfants, elle est écrivain, elle a raconté (dans « Histoire familiale de la peur« ) comment elle n’avait appris qu’à l’âge de dix-huit ans sa judéité. Les mots sont tout pour eux, la littérature, la poésie. Dans un mail, ceux-ci : « Je suis à l’hôpital. On soupçonne une tumeur au cerveau. Ne viens pas. Je t’informerai. » Elle vient, évidemment. Et c’est l’horreur, bien sûr. Elle raconte. Les longs mois de lutte, la sidération, la perte du sens, la personnalité qui change, les proches qui aident et ceux – misérables – qui font défaut, la colère, les mots qui n’aident en rien, ceux auxquels on se raccroche, la médecine, la Pologne, le Canada, être juif, aimer, s’aimer, célébrer la vie, affronter la mort. Une lecture éprouvante mais d’une puissante beauté.

Très bon billet de Femme de Cendres, que je vous invite à lire.

« Dans chaque situation tu trouvais un contexte littéraire. C’était terriblement attrayant. Tu étudiais en permanence de nouveaux arrangements entre la prose et la réalité, tu les adaptais à ta personne, la lecture était pour toi la confrontation de deux mondes également réels.« 

« Décrire ce qui se passe c’est comme détourner la catastrophe. La narration la contrôle, ou en donne au moins l’illusion. Apprivoise la maladie, en fait passer le fardeau sur ses épaules.« 

« D’où nous vient la nécessité de transformer les épreuves en leçons ? Pourquoi la vie s’efforce-t-elle d’être une école ? Doit-il effectivement résulter quelque chose de bon de la souffrance ? Nous lui donnons force de loi en cherchant des signes. Nous nous efforçons à tout prix de comprendre le mal, de lui trouver une once de sens. Je m’obstine. Transformer le désespoir en bien, la crise en leçon secourable. Quelle leçon dois-je tirer de la cruauté avec laquelle ont été détruites la vie et la santé de H. ? Je ne consens pas au happy end. Il n’y en a pas. Il n’y en a pas.« 

« Il n’y a pas de dernier mot. Il n’y a pas de mots définitifs.« 

 

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