La gaietéJustine Levy

Stock, 2015, 215 pages

Levy

C’est l’histoire de Louise qui a rencontré Pablo (et qui depuis voit les hommes en deux seules et uniques catégories : Pablo, et les non-Pablo – je trouve ça hyper joli) et ensemble ils ont eu deux enfants. Chargée d’une histoire familiale traumatique, elle a décidé, à la naissance de ses enfants, que c’était terminé la tristesse. Elle n’aspire pas pour autant au bonheur (elle n’y croit pas, en terme de notion durable), mais « simplement » à la gaieté. Elle croit, oui, qu’on peut décider d’être gaie. Et s’y tenir… C’est l’histoire de Justine Levy qui transpose sa vie en roman (pour la fixer avec une certaine distance permettant paradoxalement de dire « plus ») et qui n’en a pas terminé avec son enfance. Devenir mère réactive tout, et elle en est là, à se débattre pour ranger les choses, fixer chacun à sa place et peut-être enfin, alors, avancer ? Les 215 pages sont comme une spirale, le rythme est rapide, il y a un côté mitraillette, une certaine oralité qui m’a plu (en tous les cas bien adaptée) et de très beaux accents de vérité. Ce que j’ai le plus senti, tout au long de ma lecture, c’est la sincérité, l’absence d’artifice, on aime ou pas ce genre de roman (autofictionnel, donc), mais si on aime, on peut y aller.

« Quand elle disait oh là là, j’ai mes règles, je pensais que ça voulait dire j’ai ma façon de faire, mes règles, ma discipline, jamais je n’ai pensé qu’un jour ça m’arriverait à moi aussi, ni les piqûres ni les Tampax à la chaîne, ni les week-ends dans les vapes, non, c’était à elle tout ça, rien qu’à elle, elle était unique, elle avait ses coutumes ses habitudes ses règles, est-ce qu’elle ne disait pas que chacun devait se forger ses propres règles, sa morale à soi, ses principes ? De toute façon je trouvais que je ressemblais à mon père, les yeux, les jambes, la gaieté, la volonté de contrôle et le fond de tristesse, quand je serai grande j’aurai plutôt les règles de papa, je me disais.« 

 » (…) moi, c’est le contraire, je veux qu’il ne m’arrive rien, je veux du coton, de la ouate et des rires, je veux que tout aille bien, et quand tout va bien je me dis ouh là là c’est parfait faut pas bouger d’un pouce.« 

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