« Là, vous voyez ? l’ego. Le fil de la lame capable de forcer un coffre-fort.« 

Gregory

L’Education de Stony MayhallDaryl Gregory

Le Bélial’, 2014, 431 pages

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laurent Philibert-Caillat (2011 Raising Stony Mayhall)

« Lisez ce livre comme une parabole politique mordante; comme une allégorie religieuse chargée d’ironie; comme une approche goguenarde de l’altérité; comme une habile méditation sur le mystère, les limites de la chair; comme l’un des meilleurs romans de genre de l’année – mais avant tout, lisez-le ! » (James Morrow) ==> un peu caché au bas d’une 4° de couv très chargée, ce petit texte incitatif me semble très juste, et combien suis-je heureuse d’y avoir obéi ! J’ai englouti ce roman en une lampée, me réjouissant page après page de sa limpidité, de son pouvoir d’attraction et de la finesse des pépites que je mettais au jour constamment. En 1968, en rentrant chez elle, une femme découvre dans la neige, près du cadavre de sa mère, un bébé tout à fait mort; il ne respire pas, n’a aucune chaleur, sa peau est grise et sa bouche noirâtre. Et pourtant, il tourne. Enfin il est éveillé, quoi, il regarde, bouge, bientôt parle et – truc de dingue – grandit. L’allusion à la Terre n’est pas si mal trouvée, puisque son destin, on le verra, sera messianique… C’est purement jouissif de tout découvrir au fur et à mesure, la mise en place de l’univers zombiesque est solide, les personnages ont du relief, le suspens s’étoffe page après page, le style est ultra agréable (et donc surtout la traduction), au final ça donne un super roman qui laisse son lecteur espérant très fort que Le Bélial’ fasse traduire les autres romans de Daryl Gregory, qui semblent tous du même niveau. Miam !

Plume a aimé, Sandrine non 🙂

« Il haussa les épaules et tira : la dent se détacha de sa gencive sans la moindre trace de sang. « J’aimais vraiment mes dents, dit-il. – Tu peux les garder, répondit M. Blunt. Mais pas dans ta bouche. »« 

« Kwang était devenu un vrai fermier de l’Iowa et s’exprimait comme tel. Il ne parlait jamais de ses sentiments, n’exprimait jamais combien il pouvait être difficile ou gratifiant de vivre de la terre que son père avait toujours échoué à rendre productive, voire de ce que ça pouvait faire d’accomplir tout le travail de la ferme avec des prothèses à la place des jambes. Ses lettres s’avéraient étonnamment ennuyeuses, très répétitives et aussi sèches que du petit bois. Stony les adorait.« 

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