« Au début, ça m’avait semblé une histoire simple à raconter. Deux hommes doivent en tuer un troisième. Ils y parviennent, ou non, et c’est fini, ou presque.« 

Binet

HHhH Laurent Binet

Grasset, 2009, 441 pages

En s’intéressant à l’attentat contre Heydrich, en 1942, à Pragues, Laurent Binet écrit (premier roman) un texte très personnel, dans la manière d’Emmanuel Carrère, qui se lit étonnamment plaisamment. J’en suis surprise car je ne pensais pas le sujet, ni l’époque, aptes à capter ainsi mon attention, et théoriquement le traitement réalisé aurait dû m’agacer (exposer en permanence les affres de l’écrivain en train d’écrire); pourtant, c’est sans réticence aucune que j’ai tourné les pages, au contraire même, ça a fonctionné parfaitement, j’ai entendu, compris et partagé – à ma place de lectrice – la fascination et le mélange de réticences de l’auteur pour cet évènement, son contexte, ses racines et ses dramatiques retombées. Je trouve que le plus fort est là, d’avoir mis en lumière les personnages annexes, toutes les nombreuses personnes qui, par de très petites choses parfois, ont pris part à l’attentat et l’ont payé de leur vie. Avec la mise en page très aérée, les digressions innombrables et les excès (des qualificatifs parfois carrément haineux, souvent très dépréciatifs), le récit semble limpide, et quelques scènes marquent fortement l’esprit du lecteur. Par exemple, l’extermination de Lidice, basée sur un simple mot doux mal interprété, ou la renversante « prise » de la crypte (final impressionnant). J’ai beaucoup aimé parce que j’ai eu l’impression que l’auteur avait à coeur avant toute chose de partager, de rendre hommage, et qu’il nous livrait un travail totalement sincère et sans afféterie aucune. Prix Goncourt du premier roman 2010.

 

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