* En contexte : « Vous n’avez pas d’enfants ? Je n’en ai pas vu sur le port…

– Si, bien sûr, sourit Eskil. Nous encourageons vivement la natalité. A cette heure, nos enfants sont à l’école.

– Vous avez une école ?

– Il faut que les gosses apprennent à lire et à écrire, renchérit Olaf. Ces notions de base ont tendance à se perdre. Les gens n’ont plus le temps pour ça, trop occupés à survivre…

– Nous ne leur apprenons pas à lire et à écrire, rétorque Eskil. La lecture fait réfléchir, distille des idées pernicieuses, incite au farniente et à la débauche. Le seul livre autorisé ici est la Bible, et notre pasteur la lit pour ses ouailles. Le peuple a autre chose à faire ici que lire. Maintenir prospère une ville comme Mandal, la défendre contre les hordes du Sud et les suppôts de Satan, ce n’est pas rien, vous savez. Ce que nous inculquons à nos enfants c’est la crainte et l’amour de Dieu, et l’histoire glorieuse de notre pays. Afin qu’ils sachent d’où ils viennent, qu’ils font partie de l’élite et doivent le mériter.

– Je vois, répète Olaf sans s’avancer.« 

Ligny

ExodesJean-Marc Ligny

L’Atalante, 2012, 538 pages

Avant, le monde était tel que celui dans lequel nous vivons. La destruction du climat, jamais enrayée sérieusement, a provoqué un bouleversement irrémédiable : montée des eaux, des températures, et toutes les bactéries/microbes/maladies inhérentes. Le sud (au sens large) est devenu inhabitable, il y a eu les guerres d’Immigration, la débâcle économique, la débandade politique. Le résultat est un enfer où l’inventivité humaine s’est organisée en poches de différentes natures : quelques rares enclaves, sous dôme, pour des privilégiés qui explorent du côté scientifique (longévité, conquête spatiale etc.), et le reste du monde qui survit en s’annihilant les uns les autres, entre joyeusetés immondes tels les Boutefeux drogués jusqu’à la moelle ou les Mangemorts (j’en passe). Nous suivons quelques individus disparates aux motivations éloignées jusqu’à ce qu’ils se rejoignent, en un final explosif… Les caractères très différents et bien marqués des protagonistes nous entraînent à leur suite avec facilité, et la construction en courts chapitres fonctionne bien, on a vraiment du mal à faire des pauses. Le plus effrayant étant l’absence de projection, en occultant les quelques excès parfois on a franchement l’impression de voir décrit notre vraisemblable futur. Flippant !

 

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