Un horizon de cendresJean-Pierre Andrevon

Le Bélial, 2004 & 2014 (réédition corrigée), 219 pages

Andrevon

Coincé dans un grenier, Kemper nous raconte. Nous sommes en septembre ou par là (difficile de garder la notion du temps) et tout a commencé seulement début juillet. C’était il y a à peine trois mois, une modification cosmique, une trajectoire de ceci qui bloque cela ou entraîne ça et voilà, bim, une transformation de la radioactivité, des cellules mortes qui ne le sont plus et les lois de la physique ne tiennent plus : zombies. Des zombies qui se réassemblent à partir d’infimes particules d’eux-mêmes, y compris celles dispersées depuis des lustres. Le phénomène est lent, cela surprend (et dérange) mais ne semble pas – au premier bord – particulièrement dangereux. Kemper, lui, a immédiatement un mauvais feeling. La mort, il a l’habitude de la côtoyer, il dirige un funérarium. Il ne sait pas exactement ce qu’il redoute, mais il sait que son chien a une frousse de tous les diables, et que ça ne sent pas bon, tout ça… 219 pages pour nous amener, une étape après l’autre, à concevoir l’inextricabilité. « Tous, nous serons jugés, avait sermonné le curé. Qui aurait raisonnablement pu prétendre que nous ne le méritions pas ? » En suivant Kemper, personnage remarquable de banalité, il est très facile de se transposer, et il nous ouvre lui-même toutes les pistes de réflexion à partir de cette situation. Pourquoi ? On sait plus ou moins. Comment ? Pareil. C’est le « Et alors ? » qui, de très large au départ, se resserre insensiblement jusqu’à la désespérance pure et simple. Du grand art pour un roman tout simple et très, très prenant.

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