« J’étais chez Mary Ann ce soir-là… Est-ce que je ne vous ai pas déjà parlé de Mary Ann ? Non. Je crois que non. Mary Ann était la jeune fille qui aurait été ma fiancée s’il n’y avait pas eu deux « si ». L’un étant : si elle avait voulu, et l’autre : si j’avais eu le courage de le lui demander.« 

asimov

Quand les ténèbres viendront, L’Intégrale – Isaac Asimov

Denoël, collection Lune d’Encre, 2014, 554 pages

Nouvelles traduites de l’anglais (Etats-Unis) par Simone Hilling (Nightfall and Other Stories 1969)

Première parution française pour ce recueil qui compte vingt nouvelles, presque toutes excellentes (et dont seules deux m’étaient déjà connues, parues dans le recueil des robots, je pense) et qui, si l’on sent qu’elles datent des années 50/60, sont parvenues à m’intéresser assez prodigieusement. Il faut dire qu’elles sont toutes présentées par un texte d’Asimov lui-même avec tout ce qui fait son sel : attachant en diable, tout autant que d’une prétention (dont il joue, mais quand même) super marrante. Il attaque direct, d’ailleurs, avec la nouvelle qui donne son titre au recueil, en disant bon ok les meilleurs considèrent qu’il s’agit là d’une nouvelle tellement bonne qu’elle est devenue un classique de la SF quasi immédiatement, de mon vivant et tout, et encore je n’avais que vingt et un ans quand je l’ai écrite, vous savez, alors on dit que c’est la meilleure que j’aie jamais écrite, c’est sympa et tout mais j’espère bien que j’ai progressé depuis dans l’écriture quand même – et pas qu’un peu si je peux me permettre, du coup elle m’énerve un peu pour tout vous dire mais en même temps je la veux dans ce recueil parce que bon, quand même, c’est MÔAA qui l’ai écrite, vous savez ? (Evidemment il le dit mieux que ça, je synthétise). Chaque présentation est un petit bonheur, et partout on trouve  ce qui fait mon miel en terme de SF, une idée, une vraie, une trouvaille, parfois minuscule, parfois à une échelle cosmique, un postulat de départ qui m’enchante invariablement parce qu’il est toujours la promesse (souvent tenue) d’un voyage vers ailleurs, vers autre chose, autrement. Ca pourrait d’ailleurs être résumé en deux mots : « et si…« , titre d’une des nouvelles, la seule qui parle d’amour, nous raconte Asimov (et de relater sa création) et qui nous place dans un train, avec un couple, un couple heureux (rien que ça, c’est de la science-fiction, presque, dans la production romanesque contemporaine), dont le mari professe qu’ils sont deux pièces d’un puzzle, parfaitement adaptées l’une à l’autre et sans aucune autre combinaison possible; l’épouse, moins confiante peut-être, dit que s’ils ne s’étaient pas rencontrés, évidemment que lui aurait trouvé quelqu’un d’autre. Mais voilà que s’installe en face de leurs sièges un drôle de bonhomme, avec un ustensile bizarre : il leur permet de se voir, au moment qu’ils choisissent, s’ils ne s’étaient pas rencontrés de la manière dont ça s’est réellement passé. « Et si… » Mais on part aussi très loin avec ces vingt nouvelles, dans un futur où par exemple un gamin redécouvre avec émerveillement ce que c’est que de sortir, l’air, la pluie, marcher, courir – hérésie pour ses contemporains qui se téléportent à tour de bras : pourquoi donc vouloir faire comme avant, quand la technique permet tellement plus ? Comment affronter le regard d’une société qui a tellement vite fait de catégoriser déficients ceux qui sont simplement différents ? Asimov nous parle de tout ça, science, progrès, futur et humanité dans toutes ses acceptions et c’est vraiment super chouette. Une intégrale indispensable.

« Aussi, j’espère que l’envie ne viendra jamais à personne d’analyser mes nouvelle pour venir me trouver ensuite avec l’explication complète de mes impulsions, remords et névroses, en s’attendant à ce que je le remercie avec des larmes dans la voix. Je ne suis pas preneur. Le sens caché de mes histoires ne m’intéresse pas. Si vous le découvrez, gardez-le pour vous.« 

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