« Pourquoi tout doit-il être aussi foutrement sain, ensoleillé et pétri de bonnes intentions ?« 

Waldman

La vie amoureuse de Nathaniel P. Adelle Waldman

Editions Christian Bourgois, 2014, 336 pages

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Rabinovitch

« Mais l’animosité s’accumula d’une manière si insidieuse que, pendant longtemps, Nate y prêta à peine attention. Il fut sincèrement choqué lorsque Jason lança l’idée que la relation était loin d’être idéale : « Je ne sais pas, dit-il, c’est juste le ton que tu prends quand tu parles d’elle – par exemple, « Kristen, soupir, ceci », « Kristen, soupir, cela ». Nate avait été si furieux qu’il avait dû se contrôler pour ne pas quitter le bar. Alors que dans les vingt-quatre heures précédentes il avait accusé Kristen en secret d’être prude et bornée une douzaine de fois. En outre, quelques secondes avant la sortie de Jason, il avait imaginé leur serveuse « gothique » en train de le sucer.« 

Nathaniel, jeune intellectuel urbain et égocentré, a creusé son petit trou new-yorkais. Une poignée d’amis de longue date, des travaux alimentaires littéraires (critiques et corrections), la parution prochaine de son roman, il est très occupé. Pas au point cependant d’être insensible à la gent féminine… En commençant ma lecture de ce roman, j’avais en tête une comédie contemporaine à la Lena Dunham (que j’apprécie très modérément) et c’était quelque peu fastidieux, la tentation d’abandonner se faufilait. En même temps, ça m’évoquait aussi Karl Ove Knausgaard, dans le côté « je m’en fous je dis tout », et suivre pas à pas les rouages d’un cerveau masculin quant à ses attractions (plus que ses amours) est super titillant. Je me suis donc un peu accrochée et ne le regrette pas. En suivant les aventures de Nate au pays des relations amoureuses, j’ai surtout ressenti une profonde aversion pour le milieu littéraire new-yorkais dépeint, et ma corde empathique est restée totalement muette. Pauvre type, ne pouvais-je m’empêcher de me dire in petto. Oui mais, oui mais… Impossible pourtant de contester la maîtrise de la plume, la pénétration de l’observation et l’ironie doucereuse du roman. Intelligent, c’est certain. Intéressant aussi. Il faut voir maintenant vers quoi s’orientera l’auteure pour un éventuel roman suivant.

Les avis de : On l’a lu, Chro, Les Méconnus, l’Hermite, …

Petite vidéo de l’auteure au Festival America.

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