« Quand notre connaissance du monde s’étend, non seulement la douleur qu’il occasionne diminue mais aussi son sens.« 

Knausgaard

La mort d’un pèreKarl Ove Knausgaard (Mon Combat livre premier)

Denoël (collection & d’Ailleurs), 2012, 583 pages.

Traduit du norvégien par Marie-Pierre Fiquet (Min Kamp 1, 2009)

C’est dans l’émission « Le Masque et la Plume » du 28 septembre dernier que j’ai entendu parler de ce qu’avait entrepris Karl Ove Knausgaard : écrire sa vie au plus près du réel. Loin de toute autofiction, dans un mouvement de décorticage, dans un esprit proustien, et dans une volonté littéraire; non pas par le biais d’un travail de la langue mais par l’ampleur du dessein lui-même (six tomes annoncés, je crois). Ils discouraient du deuxième tome, « Un homme amoureux » (sur lequel je compte me précipiter), et les avis étaient partagés, pour le moins. Jérôme Garcin a attiré l’attention sur la pauvreté stylistique, ce que n’a pas dénié Patricia Martin mais ce qu’elle a ajouté a suffit pour me donner (sacrément) envie : devant l’épaisseur du livre, elle avait décidé d’en lire une centaine de pages seulement, histoire de se donner une idée; elle n’a pas pu s’en extraire avant d’avoir tout lu, et elle compte bien lire la suite. Pierre Assouline, dans un billet vachard mais plutôt bien troussé, insiste sur cet aspect hypnotique, selon lui le seul argument de ceux qui aiment. J’en fait complètement partie, d’abord intéressée puis très vite envoûtée. Ce n’est pas justice que de déclarer une absence de style, car sinon, comment expliquer l’incroyable fluidité ? C’est fascinant, et ce même si l’auteur « croit dire la vérité alors qu’il dit ce qu’il pense » (P. Assouline) (et c’est très juste, ça), le lecteur, lui, croit lire la vie de quelqu’un d’autre alors que son cerveau ne cesse d’établir des parallèles avec la sienne propre et n’en revient pas, tout simplement, que quelqu’un puisse, comme ça, tout déballer. Je ne sais pas si c’est bon, mais je sais que j’en veux encore.

Je n’ai trouvé que l’avis de Sandrine sur Babelio.

« Je les lisais comme de la prose, (…), je n’en retirais rien et n’y comprenais rien mais le simple fait d’être en contact avec eux, d’avoir leurs livres sur mon étagère entraînait une prise de conscience : savoir qu’ils existaient était un enrichissement. Ils ne m’apportaient peut-être pas la connaissance, mais ils me comblaient d’idées et d’impressions. C’étaient là des arguments qui portaient peu lors d’un examen ou d’une discussion mais pour le champion de l’approximation que j’étais, ça n’avait pas d’importance. C’était l’enrichissement qui comptait. Ce qui m’enrichissait en lisant Adorno par exemple, ce n’était pas ce que je lisais mais l’idée que je me faisais de moi en train de lire. J’étais de ceux qui lisaient Adorno ! (…) Je ne mettais pas de mots là-dessus et ce n’était pas un réflexion, à peine une intuition, plutôt une vague attirance.« 

« Ayant autrefois étudié l’histoire de l’art, j’avais l’habitude de décrire et d’analyser l’art. Mais je n’avais jamais écrit quoi que ce fût sur la seule chose qui soit importante : le ressenti de l’art. Pas seulement parce que je ne pouvais pas mais aussi parce que les émotions que les tableaux soulevaient en moi allaient à l’encontre de tout ce que j’avais appris sur ce qu’était l’art et à quoi il servait. Donc je le gardais pour moi. Déambulant à la Nationalgalleriet de Stockholm ou à la Nasjionalgalleriet d’Oslo ou à la National Gallery de Londres, je regardais. J’étais libre, je n’avais nul besoin de justifier mes émotions, de répondre à qui que ce soit,  d’argumenter quoi que ce soit. Libre certes, mais pas en paix.« 

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