VongozeroYana Vagner

Editions Mirobole, collection Horizons Pourpres, 2014, 448 pages

Traduit du russe par Raphaëlle Paché

vagner

On fait quoi quand une maladie non identifiée se met à tuer en quelques jours et se propage mondialement, malgré les efforts des autorités ? Boris, lui, sait. En vieux russe aguerri, il déboule rapidement chez son fils Sergueï et l’embarque, avec sa nouvelle épouse Anna et les voisins, dans une traversée éperdue de la Russie, vers un pavillon de chasse au milieu d’un lac gelé, d’où ils pourront voir venir. Au fil de la route ils seront onze, onze personne dans trois voitures avec comme destination un chalet de deux pièces, à supposer qu’ils y arrivent un jour… Un roman apocalyptique qui m’a tenue en haleine comme rarement, en raison même de ce qui pourra, je le crains, déplaire fortement aux amateurs du genre (mais peut-être ravir ceux qui ne le goûtent guère habituellement) : d’abord c’est très lent, le voyage est interminable et il ne se passe pas mille choses sans arrêts, rendant le tout (à mes yeux) absolument criant de vérité et plaçant le lecteur en empathie totale. Ensuite et surtout c’est très psychologique – Anna est une seconde épouse, quand Sergueï en est tombé amoureux il a quitté femme et enfant mais les a embarqués, bien sûr, dans cette tentative de survie. Le quotidien, déjà laborieux (se heurter à l’épidémie parmi une population paniquée, trouver du carburant, avancer…) est évidemment compliqué par cette mise en présence forcée de deux femmes qui se haïssent (pour parler un peu rapidement, c’est beaucoup plus compliqué que ça, ce genre de relation). Impossible de lâcher ce texte une fois commencé, j’ai été littéralement hypnotisée et frustrée à l’épilogue : j’aurais aimé tout savoir « d’après » ! Premier roman en plus, auteure à suivre.

Zarline a aimé avec réserves, Sandrine pas du tout.

« Tu devras passer tes journées à te taire, à attendre que ton mari revienne chaque fois que vous serez seules, elle et toi, dans ce pavillon de chasse, tu auras l’impression d’être la nouvelle, empotée et timide, l’écolière rejetée de la bande, et tu ne parviendras jamais à l’ignorer, tu te connais, tu peux bien faire semblant que ça t’est égal, tu ne sais pas comment te comporter avec les gens qui ne t’aiment pas, tu n’as jamais su.« 

 

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