Topologie de l’amourEmmanuel Arnaud

Métailié, 2014, 139 pages

Arnaud

(Très belle couv !)

Après avoir rencontré Laurent Kropst dans Le théorème qui porte son nom :

« Une sorte de Rocky Balboa des prépas.« 

Voici un court roman que Balzac n’aurait pas désavoué : avec une plume à la fois candide et inspirée, Emmanuel Arnaud signe ici un portrait saisissant d’un Rastignac d’aujourd’hui. Laurent Kropst n’est pas le mauvais gars, pas plus qu’il n’est attachant. Le suivre le long de son année de maths sup est un véritable parcours initiatique, pendant lequel on admire de très jolies façons d’aborder la méthodologie, la véritable intuition, ou, moins charmant, les liaisons « utiles ». Il se dégage de l’ensemble une vraie vitalité, une présentation distanciée des élites, le tout est vraiment apétissant et on en aurait bien pris pour une année supplémentaire, en spé.
Le théorème de Kropst
Editions Métailié, 2012, 135 pages.
« C’est vraiment le taupin de base. Introverti, morne et gris. Quasiment mural. »

On le retrouve dans ce roman mais de manière très auxiliaire, en guise de prétexte. Alors qu’il entame la suite de ses très prestigieuses études, il tombe sur Thomas, la vedette incontestable et incontestée des prépas et de Normale sup. Il se souvient alors l’avoir croisé trois ans plus tôt, un Thomas bien différent des années de gloire : parce qu’il avait tenté de se conformer dans ses actes à l’idée de pureté qu’il entretenait au sujet des mathématiques, Thomas s’est retrouvé au plus bas; et c’est uniquement en acceptant sa propre déchéance, en renonçant à ses idéaux, qu’il a pu se remettre en selle. Laurent nous raconte alors Thomas qui se raconte à lui (un peu alambiqué comme construction mais bon), pour en définitive se retrouver tous deux au même moment à l’orée de la même Grande Ecole. Un roman moins incisif que le premier, mais qui expose avec clarté les renoncements auxquels nous contraint la vie quotidienne. Hé non, être un pur esprit n’est guère conciliable avec la réalité, et en même temps c’est difficile de ne pas en vouloir à Thomas, même si on comprend bien les étapes de ses raisonnements, c’est moche ce qu’il finit par faire, en plus d’être un peu facile. C’est la grande force du roman, mettre face à face des conceptions opposées, dans un milieu très intellectuel (et très concurrentiel).

Différents avis en lien sur le site de l’éditeur.

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