: le désir, la déception et la mer.

– Ca ne fait que trois.

– Il faut être déçu deux fois.« 

Walter

« De si jolies ruines » – Jess Walter

Fleuve Editions, 2014, 456 pages

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch (Beautiful Ruins 2012)

« Elle m’observa d’un oeil méfiant. Je la mis à l’aise avec mon charme bilingue :

– Scusi, bella. Fare una passeggiata, per favore ?

Elle sourit.

– Oui. Vous pouvez m’accompagner, répondit-elle en anglais. (Elle ralentit et me prit le bras.) Mais seulement si vous arrêtez de vous torcher avec la langue de mon pays.

Ah. Le coup de foudre.« 

Nous sommes en 1962, et Pascale a dû rentrer dans son minuscule village perché sur une côte italienne, à cause de sa mère (« Après l’enterrement, il supplia sa vieille mère de venir vivre à Florence, mais cette simple proposition la scandalisa. « Quelle épouse serais-je si j’abandonnais ton père uniquement parce qu’il est mort ? »« ). Il y a repris le tout petit hôtel paternel qui a en réalité un seul et unique client, un américain qui, quinze jour par an, vient y peaufiner le seul et unique chapitre qu’il ait jamais écrit. Nous sommes en alternance également de nos jours, à Hollywood, en compagnie d’un producteur très hollywoodien – Michaël Deane – qui incarne toutes les dérives liées à l’industrie du cinéma. Enfin nous suivons la vie de Dee Moray, que Deane a envoyé (sans le savoir) vers Pascale en 1962. En 456 pages parfaites, nous sommes partie prenante du tournage d’un film, d’un pitch incroyablement prometteur, d’un stand-up touchant et sincère, d’un brillant chapitre de roman et assistons à une pièce de théâtre qui parvient à nous couper le souffle. Le tout sur un rythme qui ne faiblit jamais et qui distille à chaque page de puissants charmes d’attachement, ceux liés aux perdants magnifiques et aux salauds sans rédemption : quelle histoire, mais quelle histoire !

J’avais également beaucoup aimé :

La vie financière des poètes (The Financial Lives of the Poets (2009))
Editions 10-18, 2011, 306 p.
Traduit de l’américain par Jean Esch

Matthew a 46 ans, il n’arrive plus à dormir. Il en est à une période de sa vie où tout lui échappe, et où aller acheter du lait en pleine nuit à l’épicerie devient autant une habitude qu’une échappatoire. Dans une semaine, il va perdre sa maison, c’est la panique. Il n’ose pas en parler à sa femme, qui est en plein trip adultère, avec un ex retrouvé sur le net, entre deux séances de socialisation virtuelle et d’échange de sms. Il a pris son vieux père sénile à la maison, les enfants sont en école privée, et il n’a plus de boulot. Après une belle carrière de journaliste financier, il a pris le risque de créer un site étonnant, de poésie financière, et s’est cassé les dents, pendant que sa femme s’épuisait dans une crise de folie acheteuse. Il a tenté le retour au journal, pour se voir licencié très vite. C’est la crise, partout, dans tous les sens du terme. Et dormir une heure par nuit ne donne pas les idées très claires. Panique, sentiment d’impuissance à tous les niveaux, Matt est mûr pour n’importe quoi. Qui sera une rencontre avec deux dealers. Le moyen de se faire une belle petite somme facilement, histoire de se sortir du guêpier ? Mais dans la réalité, les choses peuvent-elles se régler d’un coup de baguette magique ?…
Matt est un narrateur en or. EN OR. Personne n’a son désenchantement lucide, son ironie douloureuse, l’amour qui s’échappe de toutes ces petites situations si quotidiennes et si partagées par n’importe quel bipède sur n’importe quel continent. C’est tellement juste que Nick Hornby et Richard Russo soient cités en 4°, il est de leur famille, incontestablement, prenant chez l’un le sens de la douce dérision et chez l’autre le refus de la désespérance sous l’amertume apparente.
La vie financière des poètes est un roman immensément drôle (avec des scènes comiques d’anthologie !), qui vient racler (scalper, même) comme ça par petites touches l’endroit où ça fait mal, mais qui nous dit aussi so what, come on and keep going.
In love.

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