Reinhardt

« L’amour et les forêts » – Eric Reinhardt

Gallimard, Collection Blanche, 2014, 368 pages

Elle rentre chez elle et toute lumière est éteinte, il n’y a pas un bruit, rien, le silence et l’obscurité, et ce n’est pas normal, il n’est pas si tard, ça devrait être le plein boum du repas familial encore, l’inquiétude immédiatement, la panique, elle se rue dans la chambre des enfants et ils sont là, pelotonnés l’un contre l’autre, en boule sous une couette, dans le noir. Ce qui s’est passé c’est qu’ils étaient en train de dîner très normalement, le père écoutait la radio et il a blêmi soudainement, s’est mis à hurler et s’est enfermé dans sa chambre, pris d’une émotion énorme. Il leur a fait tellement peur qu’ils ont tout éteint et se sont réfugiés dans leur chambre, en attendant que la mère rentre et gère la situation. Ce qu’elle fait. En fait, son mari s’est reconnu dans les témoignages sans concession d’une émission de radio sur les personnalités maltraitantes…. Ce n’est pas le genre d’anecdote facile-facile à raconter, sans doute l’est-ce un chouïa plus à un étranger, par exemple un romancier dont le dernier roman vous aurait fait très forte impression. En tout cas pour Bénédicte Ombredanne, qui trouve en Eric Reinhardt un auteur réellement touché par ce qu’elle lui écrit de sa lecture, ça se produit. En 368 pages vont se mêler plusieurs récits quasi hypnotiques, fascinants toujours, dérangeants souvent, sur des thèmes que j’ai trouvés nombreux et qui en tout cas ne se résument ni à un portrait de femme ni à une énième variation sur la conjugalité. Il y a quelque chose de très bavard, dans l’écriture d’Eric Reinhardt que je découvre avec ce roman; Sa plume est ample, nourrie de littérature grand siècle, plutôt ardue à suivre – dans le sens où je n’ai pas vraiment compris, par exemple, l’insertion de la nouvelle de Villiers de l’Isle-Adam en milieu de roman – pleine de symboles, mais en même temps au service de l’histoire qu’il raconte, qu’il aime à proposer en tiroirs. J’ai été suffisamment accrochée pour lire quasi d’une traite, mais la fascination réelle qui s’exerce est teintée d’une forte réticence. Bien sûr il fait dire à un personnage que si on était dans un roman, personne ne croirait l’énormité de certains passages (la réalité plus incroyable que la fiction, ce genre de mise en abyme), mais au final c’est plus l’ambiance dans laquelle on évolue qui finit par provoquer notre retrait, comme une immense tristesse poisseuse dont on craindrait la contagion. Je suis très partagée parce que j’ai complètement adhéré à la construction qui distille ses mystères et ses révélations tout en changements de tons et qu’en même temps je la trouve perturbante, ce qui n’est pas l’émotion que je recherche en priorité dans un roman.

Merci Cachou !

Céleste est beaucoup plus enthousiaste, Caroline est bouleversée.

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