Peine perdueOlivier Adam

Flammarion, 2014, 416 pages

Adam

Vous sentez vous aussi comme le vent a tourné, un peu, pour Olivier Adam ? Pendant un temps, il promenait sa silhouette bonhomme et incarnait une sorte d’ours un peu timide, comme ça, les yeux foudroyants noyés dans des mèches blondes de marin, adapté au ciné à tout va et du succès, du succès dans tout ce qu’il touchait. Les années ont passé et il s’est délesté de pas mal de choses, nourri d’autres (on l’a beaucoup entendu parler de Bourdieu, par exemple) et voici qu’il nous propose « Peine perdue« , dont j’ai pour l’essentiel entendu de mauvaises choses, oui mais y en a marre de tout ce sombre, pas un truc pour rattraper l’autre, pas envie de ça en ce moment, oh Olivier Adam c’est toujours pareil, tout ça. Mais en fait non, vraiment pas. Pas cette fois ! (J’ai tout lu d’Olivier Adam, mais je n’ai pas tout aimé, loin de là.)

Nous sommes sur la côte d’azur, hors saison, il fait doux, on va subir un coup de vent, la petite équipe de foot locale est en quart de finale dans le championnat de France (contre toute attente), et son joueur vedette se fait méchamment exploser la gueule par deux loubards avec des battes de base-ball. Ce sont vingt-deux narrateurs qui se succèdent, chacun avec ses propres démons, et qui esquissent, en un roman choral (donc) une intrigue que j’ai trouvée plutôt fine et nuancée. Bien sûr, personne ici ne danse la joie sur des nuages de licornes mordorées, mais on n’est pas non plus six pieds sous terre en train de racler la fange de l’immonde nature humaine; non, on est tout simplement parmi monsieur et madame tout le monde, à un moment où ça va moyen, quoi, et qui pourrait prétendre que ce n’est pas notre lot à tous, parfois ? Il m’a semblé que cette fois, au contraire, l’utilisation de clichés était non seulement clairement indiquée mais également mise en scène et que derrière ces moments gris se tenait, hésitante mais palpable, une certaine forme d’espoir. Ou disons que certains personnages, pourtant comme les autres englués dans l’univers Adamesque (ou Adamien ou ce que vous voulez), n’ont pas renoncé au fond d’eux, et certaines histoires, comme celle de Louise par exemple, m’ont semblé solides et lumineuses; je les sentais derrière, comme en toile de fond, j’y croyais, à leur avenir meilleur. De plus, on a l’impression d’avoir toujours un petit temps d’avance sur les narrateurs quant à la compréhension globale de ce qu’ils vivent, et c’est un joli exercice littéraire que de tenir cet équilibre. Bref, j’ai aimé !

Les chouettes billets de : Christine Bini, (qui a aimé aussi) et Emmanuel Gedouin (qui lui n’a pas aimé).

Merci Cachou !

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