L’Ordinateur du paradisBenoît Duteurtre

Gallimard, collection blanche, 2014, 211 pages

Duteurtre

Lorsqu’on envoie un mail, lorsqu’on consulte un site Internet, quoi qu’on fasse sur le net, des traces s’enregistrent. Sur le disque dur de l’appareil qu’on utilise, sur les serveurs, sur le Cloud, cet espace immatériel qui bruisse de tous les mouvements des différents utilisateurs, et sur les appareils de nos destinataires (sans parler de ces dispositifs qui, en silence, aspirent nos données pour s’en servir commercialement. Stockées quelque part, elles aussi. Loin de nos regards et de nos pensées). On a beau supprimer nos messages, les mettre à la corbeille puis vider celle-ci, effacer nos historiques ou même formater et re-formater nos disques durs, des traces subsistent, toujours, quelque part.

Dans le monde de Simon Laroche, haut-fonctionnaire à la tête d’une commission gérant nos libertés, une fronde incontrôlable agite ces traces. Brusquement, après une curieuse – mais anodine – résurgence pour certains de leurs courriels précédemment détruits, un Grand Dérèglement se produit, et tout le monde se met à recevoir d’anciens messages ou historiques de ses proches, provoquant rapidement un chaos détestable (par exemple, l’épouse d’une star hollywoodienne annonce son divorce après avoir reçu la correspondance de l’acteur avec sa maîtresse).

« (…) (ce) fut un véritable séisme dans la marche du monde moderne. Contrairement aux attentats du 11 septembre 2001 ou au krach boursier d’août 2008, il n’entraîna pas de morts spectaculaires, ni d’effondrement de l’économie mondiale. Mais il allait répandre sur la planète une angoisse inconnue, bien plus terrible qu’une vague peur de l’avenir; une maladie rongeant chaque individu, brisant le sommeil et  transformant chaque jour en moment de terreur. Car, désormais, chacun savait que ses moindres secrets pouvaient, à tout instant, éclater à la face du monde.« 

Ajoutons à cela le fait que Simon vient de se faire piéger par une station de radio qui a diffusé des propos tenus en off – qui lui empoisonnent gravement le quotidien, et la montée en grâce médiatique de deux bouffons de banlieue qui, sur une de leur énièmes farces, fédèrent un mouvement de solidarité masculine des plus risibles, et passons maintenant à ce qui se passe après la mort : nous entrons dans le roman par la salle d’attente du Paradis…

Un roman qui tape fort mine de rien sur l’air du temps, et dans lequel on reconnaît aisément les allusions à des personnalités bien précises (en ce sens, un roman très franco-français). L’intrigue est plaisante voire amusante, les interrogations soulevées sont pourtant graves, disons sérieuses (enfin on est plus dans le constat, dans le descriptif, que dans le questionnement), le tout dans un imaginaire très bien construit et qui fait franchement froid dans le dos : roman réussi ! (Et plutôt irrévérencieux)

Charabistouille aime,  Bookfalo Kill trouve ça fade.

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