« Off coss, said Edek.« 

Brett

You Gotta Have BallsLily Brett

William Morrow 2006, 275 pages

Sans doute est-il préférable de lire avant ce roman « Too Many Men » dans lequel le lecteur fait connaissance avec Ruth Rothwax mais j’ai commencé par « You Gotta Have Balls » et c’était vraiment chouette comme ça : Ruth y a 54 ans et sa boite de correspondance est florissante. Elle a une clientèle étendue et huppée et s’éclate à assembler les mots (elle est d’ailleurs en train d’agrandir son créneau et se met aux cartes postales à messages). Sans être en rien de l’autofiction, il y a beaucoup de Lily Brett en Ruth (comme dans Lola Bensky) et lorsque son père vient s’installer à New York elle accuse un peu le coup. Ses parents, juifs polonais rescapés d’Auschwitz, l’ont élevée en Australie. Edek, 87 ans, veuf depuis déjà 18 ans, emménage donc un beau matin et immédiatement fait tourner Ruth en bourrique. A sa décharge, elle est dans une période un peu flottante, son mari est absent pour 6 mois (ce qui n’était encore jamais arrivé, et ce qu’elle vit très mal) et son envie de créer un « groupe de femmes » ne parvient pas à aboutir. Ruth, plusieurs décennies de psychanalyse à son compteur, a dans l’idée que les femmes ne se témoignent pas entre elles suffisamment de la « sororité » qu’elles méritent; il y a la théorie (elle a tout bon) et la pratique (c’est moins évident). Car en fait Edek la place devant Zofia, polonaise goy flamboyante de 69 printemps, qui va bientôt, avec sa copine Walentyna, bouleverser entièrement leurs vies à tous…

J’ai aimé ce roman dès le titre  : « You Gotta Have Balls » ==> Meatballs, that is et j’ai aimé surtout par l’immédiate proximité que l’auteur installe avec son lecteur. L’histoire est des plus sympathiques et le très beau personnage d’Edek amuse beaucoup avec son anglais très personnel (d’autant que Ruth est très branchée « mots » et a les associations d’idées qui fusent) avant de nous émouvoir aux larmes. Oui, mes yeux ont piqué très fort sur la fin et je trouve ça formidable, pouvoir swooner avec des personnages de 87 ans et une petite-fille à son papa de 54 ans. Cette Ruth veut à toute force qu’on ne l’aime pas, toujours à couper les cheveux en 37, mais ce qu’elle fait est bien différent. Ce qu’elle fait, c’est bien. Une comédie romantique torturée et très attachante, qui parle  très bien en plus de cuisine (et offre quelques recettes à la fin).

« What would you say to someone who wants to start up a restaurant in New York, with thirty thousand dollars ?

– I’d say one word. ‘Don’t’.« 

 

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