« C’est curieux que, propulsé au coeur des enjeux de sa propre vie, on ne sache jamais rien. On est bien meilleur sur la vie des autres que sur la sienne.« 

L’AttenteCatherine Charrier

Editions Kero, 2012 & Pocket 2014, 239 pages

Charrier

Cette photo indique bien la provenance de cette lecture (merci !) et son billet ne ment pas : sa lecture fut bruissante de marque-pages. Une fois de plus, ça m’a beaucoup intéressée de voir quels passages avaient retenu son attention, jamais les mêmes pour moi, nous sommes des lectrices vraiment différentes mais nous nous rejoignons sur l’avis final : c’est un fort bon roman. Et c’est d’autant plus fort que l’héroïne m’a constamment déplu, tout ce qu’elle dit, tout ce qu’elle est, pense et intellectualise me heurte et pourtant… L’histoire d’une femme qui tombe amoureuse d’un homme pas libre, et qui, à partir d’une petite phrase lancée comme ça dans les débuts (dans l’euphorie des débuts) va se mettre à attendre. Quoi exactement, elle ne le sait pas elle-même. Pendant treize ans. T.R.E.I.Z.E. A.N.S.. Ils sont donc tous deux mariés, absolument pas désireux de rompre leur engagement premier, ils ont des enfants, un boulot épanouissant dans lequel ils se côtoient, ils sont intégrés dans un environnement et une vie sociale active, et ils s’aiment. On imagine bien que ça va déraper à un moment ou à un autre, mais quand ça arrive, on se laisse surprendre par l’enchaînement et la gravité du propos. (Je trouve que les deux pages de « J+3295 » sont d’une force absolument ravageuse.) Je trouve que c’est un livre important, qui parvient sans donner de leçon à sortir du cadre purement fictionnel sans pour autant tenir – en quoi que ce soit – du témoignage, qu’il réussit en ce sens à porter une vérité qui ne peut qu’atteindre le lecteur, quel qu’il soit. Et ça fait franchement froid dans le dos. Brrr.

« Au fond de moi traîne cette moche lucidité, et elle pointe le défaut de l’amour.« 

« J’ai eu le temps de penser, et de réfléchir à tout ce qui se passait. On dit qu’on ne l’a pas, mais on l’a. On l’a tant qu’on veut.« 

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