To Rise Again at a Decent HourJoshua Ferris

Little, Brown and Company, 2014, 337 pages

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C’est l’histoire d’un dentiste, la quarantaine. New York, un cabinet qui marche fort, Paul O’Rourke est financièrement très à l’aise et il aime sincèrement son métier (quand on lui demande pourquoi il a voulu être dentiste il dit « oral fixation » et est enchanté quand on saisit l’humour de cette réponse; la vérité étant qu’il a été illuminé par son premier baiser, la bouche de son amoureuse, il ne s’en est jamais remis). Paul est très seul aussi, dans la ville qui ne dort jamais. Un jour, on s’aperçoit qu’un site a été créé pour le cabinet sur Internet. Qui, pourquoi ? Mystère. Assez rapidement, des textes n’ayant aucun rapport avec la dentisterie y sont publiés. Paul entreprend des démarches pour faire cesser tout ça (avocat et tout le toutim), sans grand succès. Un compte Twitter à son nom est également mis en activité, et les tweets sont carrément perturbants. Enfin, une adresse mail à son nom se met à lui écrire et bientôt il correspond activement avec lui-même (enfin avec l’usurpateur qui endosse son identité). Paul tente de prendre tout ça avec rationalité, d’autant que le fond du propos (on y arrive vite) l’intrigue très fortement (à défaut de le séduire tout à fait… le fascine, pourrait-on dire)… C’est que, voyez-vous, Paul est quelqu’un de très particulier. Seul au monde (son père s’est suicidé quand il avait 8 ou 9 ans et sa mère est sénile dans une institution), il connait de graves problèmes de sommeil et n’a eu aucun modèle de comportement social harmonieux. Il a déjà été amoureux trois fois (deux seules comptent) et a commis de grandes erreurs dans sa façon d’être (dont il essaie vraiment de tirer les enseignements) : il tombe à chaque fois amoureux de la famille entière et « plonge » dans leur religion (tout en étant un athée convaincu). Mais en même temps il est sain d’esprit, et fait perpétuellement un grand travail sur lui-même. Au fond, ce qu’il redoute le plus au monde c’est la perte, il s’en protège en ne s’investissant pas – malgré l’envie qui le déborde, littéralement, et qui le fait dérailler. Alors quand son « lui on line » l’entreprend sur un peuple dont il descendrait à qui Dieu serait apparu en des temps immémoriaux avec un seul commandement : « doute ! », il est troublé, forcément. (Un paradoxe merveilleusement tiré par les cheveux). Bon je ne peux pas tout raconter (il y aurait tellement à dire !) mais sachez que c’est souvent très drôle (j’ai éclaté carrément de rire une fois) (le moment de l’intérim, pour ceux qui liront), que le style est super personnel (cette façon de rapporter les dialogues en occultant un interlocuteur tout en faisant passer ce qu’il a dit dans les réponses de l’autre est enthousiasmant, je trouve) et que le fond du propos (outre de permanents conseils quant aux soins dentaires) est vraiment intéressant : il renverse l’antisémitisme et explore la juifophilie. J’aime beaucoup l’article du Telegraph, et notamment sa conclusion : je ne remettrais pas le Booker Prize à ce roman non plus (trop d’Ulm !), mais j’ai passé un très bon moment en sa compagnie.

(Deuxième lecture choisie dans la longlist du Man Booker Prize 2014. Je ne sais pas si je lirai les 13, mais ça me tente, en tout cas.)

Une blague : « The sight of Bernadette looking old reminded me of a joke. A woman makes an appointment with a new dentist and discovers that he has the same name as someone she went to high school with. She wonders if her new dentist could be the boy she had such a terrible crush on when she was a girl of fifteen. But when he walks in, he’s such an old fart that she quickly comes to her senses. Even so, after the exam is over, she idly asks him what high school he attended… and sure enough, it’s the one she attended ! « What year did you graduate ? » she asks him, growing excited, and he names the very year she graduated. « You were in my class ! » the woman exclaims, and the unsuspecting dentist screws up his eyes and peers at the old hag in the chair and says, « What did you teach ? »« 

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