« Ne soyez pas si modeste. Vous n’êtes pas assez exceptionnelle pour ça.« 

Brett

Lola BenskyLily Brett

Editions La Grande Ourse, 2014, 271 pages

Traduit de l’anglais par Bernard Cohen (2012)

Lola Bensky est née juste après la guerre dans un camp de transit en Allemagne, de deux parents juifs polonais rescapés d’Auschwitz. Elevée en Australie, à la fraîche vingtaine elle devient journaliste de rock et s’entretient avec les stars du moment à Londres, New York, Los Angeles et Monterey, et nous raconte : c’est incroyablement bon. Très nourri (et inspiré, et adapté) de ce qu’a vécu l’auteur elle-même, tout est vivant, tout est signifiant. La petite Lola était bien naïve mais son regard a posteriori est d’une bienveillance balsamique. Sous sa plume, chaque personnalité évoquée est palpable dans son humanité même, on est complètement charmé, intéressé, bouleversé par ce monde des années 60/70 et on adore, littéralement, le rapport très particulier de Lola à la musique : sa façon d’en rendre compte est à la fois pétillante, douce et pertinente. La pertinence étant d’ailleurs selon moi le maître-mot de ce roman, qui mêle intimement et dans un équilibre quasi parfait toutes les grandes interrogations prosaïques et métaphysiques : pudique, sincère, tâtonnante et jamais excluante (et ça, c’est vraiment vraiment rare), l’héroïne questionne : comment vivre en portant la douleur de ses ancêtres ? Lola en paye continuellement le prix, et au fil des années apprend à composer avec (avec plus ou moins de réussite). Un roman supra attachant, qui nous fait aussi beaucoup rire ! On adore l’idée de son père, 93 ans sonnants qui s’enthousiasme pour Skype et la mitraille de SMS, ou ce steward qui, alors qu’il faut peser bagages ET passagers pour prendre un tout petit coucou et qu’elle lui a interdit de révéler son poids à quiconque (y compris à elle-même), annonce tranquillement « ça ira, l’avion n’est pas plein de toute façon » 😉

Cathulu a aimé également, Libé a fait un très chouette article.

« Lola avait ses mots favoris en yiddish et elle se les répétait parfois à voix haute quand elle était seule. Par exemple, fardraiyt et farblondzhet, qui tous deux signifiaient déboussolé, troublé ou même déséquilibré. Et faflekt, sale, et narish, tout simplement, bête. Si on les disait tous ensemble l’un après l’autre, le résultat était fabuleux: Fardrayit, faflekt un narish, déboussolé, sale et bête, un enchaînement qui la faisait toujours rire.« 

« Bien qu’elles aient le même âge, Cher inspirait à Lola une fierté presque maternelle. Elle était ravie que Cher ait autant de succès, qu’elle soit devenue une femme indépendante et accomplie. Et la célébrité ne lui avait pas tourné la tête : sa modestie, sa générosité et son intelligence transparaissaient dans toutes ses interviews. En plus, elle avait un sens de l’humour formidable. « Le problème de certaines femmes, avait-elle dit un jour, c’est qu’elles s’emballent pour rien du tout et finissent par l’épouser. »« 

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