Et il y eut un matinSayed Kashua

Editions de l’Olivier, 2006 & Points 2008, 281 p.

Traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen & Edna Degon (Vayehi Boker, 2004)

Kashua

C’est l’histoire d’un encore très jeune homme (déjà marié et papa d’une petite fille) qui revient, dépité, vivre dans son village natal. Ce n’est vraiment pas de gaieté de coeur, mais être arabe israélien à Jérusalem n’est pas simple, et las de prétendre accepter les mille et une petites vexations quotidiennes il pense retrouver une certaine sérénité à vivre près de ses parents et beaux-parents. Son épouse est encore plus réticente et elle n’a pourtant pas toutes les données du problème : en fait, il a plus ou moins perdu son poste de journaliste et n’assure plus que des piges de loin en loin, sans oser l’avouer. Dans un premier temps, financièrement ça ne se sent pas trop car les frais sont complètement réduits, ils vivent selon la tradition dans une maison offerte par ses parents et prennent chez eux (ou ceux de sa femme) tous leurs repas. Il est malgré tout plus ou moins en train de s’enfoncer moralement quand paradoxalement une situation de crise va mobiliser ses ressources (car il en a) : le petit village est soudainement en situation de blocus : personne ne peut plus en sortir, l’électricité est vite coupée suivie de l’eau. En quelques jours à peine, la situation se dégrade d’une façon dramatique et notre narrateur en soupèse tous les aspects…

Un roman très réussi à la tonalité vraiment particulière, dans le meilleur sens du terme : l’histoire est aussi prenante que grave, et pourtant des percées d’un humour très tonique ne cessent d’apparaître au lecteur en deuxième intention, ou sont disons distillées par petites touches qui ne ne révèlent pas immédiatement (très élégant comme procédé, en fait) (par exemple le titre de mon billet, placé dans un contexte dont la triste ironie est implacable). Le narrateur parvient à placer le lecteur en empathie totale et ne se contente pas de dérouler une histoire (aussi bonne soit-elle), une réflexion aigüe est également menée qui débouche sur plus de questions que de réponses – la marque des grands.

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