« J’aime bien laisser croire à Woodrow qu’il est à l’origine de tous nos ennuis, dit Augustus. Je voudrais pas qu’il devienne arrogant. Mais j’aurais manqué ça pour rien au monde. Je connais rien de meilleur que de monter un bon cheval dans un pays nouveau. C’est exactement pour ça que je suis fait, tout comme Woodrow.

– Vous croyez qu’on va tomber sur des Indiens ? Demanda Newt.

– Bien sûr, répondit Augustus. On risque tous de se faire tuer cet après-midi, pour ce que j’en sais. Pour toi, c’est l’aventure – il y a des dangers, mais ça fait partie de la beauté de la chose. Evidemment, ces terres appartiennent aux Indiens depuis toujours. Pour eux, elles sont précieuses parce qu’elles sont leur passé. Nous, elles nous attirent parce qu’elles sont notre avenir.

Newt vit que M. Gus avait de l’enthousiasme dans son regard. Ses longs cheveux blancs lui tombaient presque aux épaules. Personne n’avait comme M. Gus la capacité de prendre plaisir aux choses.

– Bien sûr, il reste les femmes, dit Augustus. Je les apprécie bien. Mais j’ai pas encore rencontré celle qui pourrait m’empêcher de profiter d’une opportunité comme celle-là. Les femmes sont des créatures persévérantes, elles essaieront toujours de t’assagir. Mais si tu continues à parcourir le monde, tu les retrouveras en général pas très loin de l’endroit où tu les as laissées – la plupart, en tout cas. »

Lonesome Dove, épisode II – Larry McMurtry

Gallmeister, collection Totem, 2011 (First Editions 1990), 618 pages

Traduit de l’américain ( 1985) par Richard Crevier, nouvelle édition établie par Anne-Marie Lenoir

Lonesome dove

Merveille ! L’épisode 1 était excellent mais le 2 emporte tout, Lonesome Dove c’est comme une vague, chfffffou ça nous balaie, nous soulève, nous roule et pan on racle le sol et on ne sait plus où on est, quelle heure est-il, quoi, qui, hein ? Si la perfection existe elle est dans ces pages, dans ces lignes patientes les unes à la suite des autres, dans l’histoire d’Augustus McCrae et de Woodrow Call, pas meilleurs mais pas pires que les autres, deux hommes qui avaient en eux les étendues sauvages et l’honneur du travail bien fait, deux amis qui auront tout affronté ensemble – ou presque. C’est à peine croyable l’attachement que ce roman déclenche, c’est quelqu’un qui a pleuré toutes les larmes son coeur quand le capitaine a gravé un épitaphe (« Il s’est comporté magnifiquement« , han…) et qui a aimé Clara autant que Gus – même si elle préfère les personnages de Thackeray à ceux de Dickens – qui vous le dit. Dans la façon de raconter de Larry McMurtry tout est merveilleux, il n’y a pas le moindre petit grain de moins bien qui traînerait. Il faut voir comment il nous fait sentir le poids de la fatigue, la pire de toute, la morale, la cérébrale, lorsque l’on s’achemine doucement vers un épilogue d’une perfection formelle, il faut lire pour le croire la façon dont on ressent la moindre vibration des doutes qui ébranlent Call, c’est…. Ah, c’est… épique, dans son acception pleine. Une merveille !

Un chef-d’oeuvre aussi pour Nebal.

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