« Jake a en tête d’être Jake, répondit Augustus. Ca l’occupe à plein temps. Et pour y arriver, il a besoin qu’une femme lui vienne en aide.« 

Larry McMurtryLonesome dove, épisode 1 (1985)

First éditions 1990 & Gallmeister, 2011 (collection Totem), 569 pages

Traduit de l’américain par Richard Crevier, nouvelle édition établie par Marie-Anne Lenoir

McMurtry

« Si vous ne devez lire qu’un seul westen dans votre vie, lisez celui-ci » nous clame James Crumley en 2° et en 4° de couv, et j’ai drôlement bien fait de l’écouter (Prix Pulitzer, en passant). Lonesome Dove, c’est une petite bourgade où se sont installés deux anciens Texas Rangers dont nous allons suivre les pérégrinations au long cours. On ne saurait être plus dissemblable que ces deux-là, le mutique tourmenté et le bavard impénitent espiègle, pourtant leur association fonctionne. L’âge venant, après avoir « nettoyé » le coin des indiens belliqueux et fait régner la loi de ces américains débarquant pour la conquête de l’Ouest, ils se sont reconvertis en éleveurs et, sur la foi d’une déclaration « en l’air », entreprennent d’emmener un gros troupeau dans le Montana. C’est du pur western (rien ne manque) mais c’est évidemment beaucoup plus que ça, chaque personnage (et ils sont nombreux) nous est offert avec un vrai luxe de détails et une façon très particulière de mettre l’accent sur les traits de personnalité, la vie est rude et la chaleur écrasante, les hommes et les femmes rustiques et souvent très naïfs mais le tout s’assemble en une histoire absolument captivante dont on ne voudrait sortir pour rien au monde, et qui rend tout fade en comparaison. Ca donne envie de lire Larry McMurtry jusqu’aux brouillons de ses écrits les plus mineurs ! (Et dans un premier temps l’épisode 2 de Lonesome Dove, puis la série TV.)

 » (…) et le souvenir de Maggie lui brûlait alors l’esprit comme la sueur irrite une plaie. Ce souvenir aurait dû s’éteindre, et pourtant il était toujours vivace. Il avait une existence propre différente de tous ses autres souvenirs. Il avait vu des choses terribles au combat et les avait presque toutes oubliées; pourtant, il n’arrivait pas à oublier le regard triste de Maggie quand elle lui avait dit qu’elle aimerait être appelée par son nom. Il était absurde qu’une telle phrase ait pu l’obséder pendant des années, mais à mesure qu’il vieillissait, au lieu de perdre de l’importance, elle ne cessait d’en gagner. On eût dit qu’elle rongeait tout ce qu’il était ou ce que l’on croyait qu’il était. Il avait tout essayé, le travail comme la discipline, tout prenait l’allure d’une mascarade et l’incitait à se demander si sa vie avait vraiment eu un sens. Ce qu’il désirait par-dessus tout, mais qu’il savait impossible, c’était que toute cette histoire ne soit jamais arrivée, que rien de tout cela ne se soit jamais produit. Il aurait mieux valu n’avoir jamais connu le plaisir plutôt que d’endurer la souffrance qui en avait résulté. Maggie était une faible femme, néanmoins sa faiblesse avait réussi à anéantir sa force à lui. Parfois, le seul fait de penser à elle lui donnait le sentiment qu’il n’était plus digne de commander les autres.« 

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