Des années que je demande partout à tout le monde comment s’appelle cette figure de style littéraire propre à Stephen King (ou en tout cas celle que je lui attribue de toute éternité) – qui consiste à annoncer, par une petite phrase, la catastrophe à venir – et Jean-Philippe Toussaint, ENFIN, me l’explique merveilleusement dans « L’urgence et la patience » :

« Mais il y a autre chose qui m’est apparu pendant la lecture de Crime et châtiment, quelque chose de souterrain, de secret, de subliminal, dont je n’avais pas conscience sur le moment, que je ne pouvais pas nommer et que j’ai mis longtemps à identifier. En relisant le livre, trente ans après ma première lecture, je crois que j’ai trouvé, c’est l’usage que Dostoïevski fait du « plus tard », de « l’après-coup », cette immixtion limitée, ponctuelle, du futur dans le présent, qu’en narratologie on appelle la prolepse et au cinéma le flashforward (le contraire du flashback). Cette brève intrusion de l’avenir dans le présent induit pour le personnage un sentiment de prémonition, et implique, pour l’auteur, une idée de destin.« 

Prolepse alors. P.r.o.l.e.p.s.e. D’accord. Merci. Pour lui Dostoïevski, pour moi Stephen King, bon.

(D’autre part, toujours dans ce livre (Editions de Minuit, 2012, 107 pages), un petit texte génial et malicieux, « Le ravanastron« , pépite absolue.)

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