« Journal d’une accoucheuse » – Priyamvada N. Purushotham

Actes Sud, 2014, 251 pages

Traduit de l’anglais (Inde) par Eric Auzoux (The Purple Line 2012)

Purushotham

« Pour qui naît dans une famille tamoule brahmane, les études priment sur tout. » Pourtant, longtemps Mrinalini a oscillé entre diverses vocations, toutes définitives mais peu durables. Ainsi, à seize ans, après une expérience inoubliable dans « La ménagerie de verre« , elle fait irruption dans la cuisine et déclare à sa mère qu’elle veut devenir actrice. Cette dernière « cessa d’éplucher les haricots. « Voyons comment tu joues le rôle de la ménagère » dit-elle en me tendant le couteau. » Un choix final se dessinera pourtant : gynécologue. Et c’est de retour à Madras et à la tête d’une clinique que notre narratrice entreprend la rédaction de ce texte. Elle a renoué avec Sid, globe-trotter libertaire dont elle attend en réalité beaucoup, tout en prétendant assumer son choix d’une relation facile. Alors, pour tenter de comprendre les mouvements de son coeur, pour voir un sens à tout ça, à sa vie, à l’amour, elle se penche sur ses patientes et leur tricote une vie à travers ce qu’elle sait d’elles. Son regard est vif. Par exemple, la présentation de Leela : « Quand Leela a franchi le seuil, en ligne droite à petits pas parfaits, puis s’est délicatement assise sur la chaise en face de moi, j’ai pensé à la théorie des probabilités : en imaginant qu’un troupeau de singes s’en donnent à coeur joie sur des machines à écrire pendant des siècles, quelque part sur une feuille, un jour, il y en aurait un qui par pur hasard taperait un sonnet shakespearien. Elle était ce sonnet. » Comment vivent les femmes, au XXI° siècle, en Inde ? Ce roman en donne une petite idée à travers les six patientes suivies tout au long des années, sans oublier notre docteur : « Je rentre à la maison à dix heures le soir et en pars à six heures le matin en cas d’intervention chirurgicale programmée, ce qui me laisse huit heures pour – dans cet ordre – lire, écrire, manger et dormir. » Vivant, bruissant, émouvant, très moderne, empli de bienveillance et de références littéraires. (Premier roman en plus, j’espère qu’il y en aura d’autres !)

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