« L’homme du verger » – Amanda Coplin

Christian Bourgois, 2014, 537 pages

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laurence Kiefé (The Orchardist, 2012)

Coplin

C’est l’histoire d’un homme très solitaire au milieu de son verger. Il avait neuf ans quand il est arrivé dans cette vallée (on était en 1857), il aura dans les quatre-vingt quand ses yeux s’y fermeront définitivement. Une vie entière. Une vie d’homme. Qui a vu mourir sa mère, disparaître sa soeur. Il faut savoir que c’est de famille, cette difficulté aux autres. Sa mère déjà était très éprouvée de devoir seulement parler à qui n’était pas son intime, sa soeur dans une grande mesure également, Talmadge, lui, aime la solitude quand elle peut se briser, il a plaisir à passer du temps en compagnie d’amis. Son truc à lui, ce serait plutôt la lenteur. Calmement, venir à bout de tout ce qu’il entreprend. Il s’occupe ainsi de son verger pendant quelques décennies, seul, avec une vie sociale réduite mais existante. Un jour, à la cinquantaine, il apprivoise – malgré lui, deux sauvageonnes. Deux gamines, dont la plus âgée a peut-être treize ans, enceintes jusqu’aux yeux. Elles modifieront profondément sa vie…

Western envoûtant qui chante les grandes étendues américaines, ce premier roman est formidablement captivant. Avec une grande économie de moyens, il sublime les taiseux et les traumatisées, et tout en redéfinissant le savoir-vivre ensemble (et les liens familiaux, du sang ou des contingences) il cherche à percer les mystères du silence. Tout est non-dit au long des pages, tout est sensation, perception, reconnaissance implicite et foudroyante ou drames de ce qui n’est pas osé, pas tenté. La tonalité générale est grave et douce, c’est un roman apaisant et douloureux. Beaucoup aimé !

C’est Mary qui m’a donné envie.

Publicités