« Ce qui est arrivé aux Kempinski » – Agnès Desarthe

L’Olivier, 2014, 192 pages.

Desarthe a

Ce serait idiot d’ériger ce recueil en modèle, regardez, lisez, voilà ce qu’est une nouvelle, ce que devrait être, toujours, l’art de la nouvelle, oubliez ces histoires bêtasses de chute, ce genre que vous vous donnez, auquel vous aspirez, et absorbez la prose d’Agnès Desarthe, comme étalon – oui, ce genre de discours serait imbécile; mais alors, quels mot employer pour dire la puissance de ses textes, la magie de ses histoires, sa singularité qui vient heurter le lecteur et le rend irrémédiablement captif ? Dans l’émission « L’humeur vagabonde« , elle a raconté qu’invitée dans une université américaine, elle a été présentée par ces mots : « Agnès Desarthe est un écrivain américain d’expression française » – présentation géniale. Mais il faudrait encore inventer plus, trouver mieux, pour décrire combien ce recueil m’a plu; dans l’inventivité de ses intrigues, couplée au désarçonnement de sa façon, et aux sujets auxquels on s’intéresse. La jeune fille de « lettre ouverte« , que je visualise tellement bien, dans sa petite île charentaise. Cet incroyable « Comité » : « Et pourtant, c’est assez simple : d’une part, Dieu n’existe pas, en tout cas pas aussi clairement que le Comité. Et d’autre part, Dieu est tout-puissant. » que l’on voudrait immédiatement convoquer. « Dans l’oreille du diable« , ma nouvelle préférée entre toutes :  « « Quand une femme qui manque de vanité – et c’est mon cas, vous le savez – croit percevoir qu’elle plaît, c’est en général beaucoup plus grave que cela. C’est l’amour fou, la langueur venimeuse, le désir incandescent. Peu importe. Ca me met mal à l’aise d’évoquer ces choses. Je vois que je suis capable de le faire, mais ça ne me convient pas. J’arrête. » Avec elle, pense le diable, c’est comme si le temps s’écoulait enfin, le temps et son corollaire dont la saveur inouïe m’enivre : l’existence. » La beauté de ce passage… Ou encore les deux pieds-de-nez dans « Pseudonyme » (Doris Lessing ?) ou la nouvelle qui donne son titre au recueil, « Ce qui est arrivé aux Kempinski » (inattendue et vraiment amusante). Non, le seul reproche que l’on puisse faire à ce recueil c’est de se terminer.

Approuvé par le duo infernal.

http://dai.ly/x1olpcq

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