Prends ma vieLottie Moggach

Denoël, 2014, 347 pages

Traduit de l’anglais par Christine Barbaste (Kiss Me First, 2013)

Moggach

La phrase que je place en titre est la première du roman, je n’en ai relevé aucune autre, j’étais trop occupée à lire lire lire, incapable de m’arrêter, complètement immergée dans ce redoutable page-turner. Leila, 23 ans, nous raconte. En 2011, elle a été chargée de faire croire que quelqu’un était toujours en vie, en menant une vie virtuelle active en son nom. Pourquoi, comment, tout nous est révélé en une chronologie parfaite, la plume de Leila est précise… Un premier roman costaud qui se tient du début à la fin, qui fait passer son lecteur par différents stades – lui assurant fatalement une identification à un moment ou à un autre -, et qui le place dans une ambivalence aussi inconfortable que puissante : ce qu’on a ici, c’est l’histoire d’une gamine élevée sous cloche, par une mère aimante mais dévastatrice; Leila n’a aucune idée de ce que peuvent être des relations sociales normales, et sa candeur parfois, ses raisonnements biaisés (mais parfaitement logiques, dans leur contexte) nous désarment (empathie maximale) sans adoucir notre regard pour autant. La « mission » dans laquelle elle se lance est non seulement répréhensible, mais surtout folle, dingo, intenable très longtemps. Pourtant elle apporte son lot de surprises… Le tout mené tambour battant, avec une grande justesse psychologique (c’est ça, en fait, un thriller psy) et dans une atmosphère contemporaine extrêmement bien rendue. Des sujets passionnants sont insérés (et traités sérieusement) avec fluidité : l’euthanasie, la prédation numérique, les engouements amoureux virtuels, l’impuissance des autorités, j’en passe. Se lit d’une traite !

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