« Assurément, il ne reste plus rien à écrire dans mon livre. Sur la première page, on relaterait la journée d’un homme ennuyeux sur lequel il n’y a rien à dire, avant d’ajouter « Idem » à chaque nouvelle page. C’est tout.« 

« Je reviendrai avec la pluie » – Takuji Ichikawa

Flammarion 2012, J’ai lu 2013, 315 pages

Traduit du japonais par Mathilde Bouhon (Ima, ai ni Yukimasu, 2003)

ichikawa

C’est l’histoire de Takumi, un homme accablé de problèmes. Il a toujours été sérieux (et différent), mais son univers s’est – par la force des choses – réduit dramatiquement. Parce que son épouse Mio s’est éteinte, il doit pourtant assurer le quotidien pour leur fils de six ans, et c’est là tâche bien trop ardue. Il s’en rend compte sans mesurer pleinement ses manquements (il sait très bien ce qui lui fait défaut, c’est dans la concrétisation la plus quotidienne qu’il a du mal à discerner les détails). Mais Mio avait promis de revenir  pour la prochaine saison des pluies, et elle tient parole… Une histoire de fantôme ? Une histoire d’amour-toujours-sur la plage-à mourir ? Du kawaï ? Oui et non, évidemment. Dans une très jolie postface, l’auteur explique-sans expliquer ce qu’il a mis de lui-même dans ce premier roman qui a rencontré un succès phénoménal dans le monde entier, et ça participe au sourire très tendre qui nous illumine en refermant ces pages. Parce qu’il s’en dégage une grâce éthérée, parce que l’impalpable y côtoie le plus pragmatique, parce qu’il nous semble peut-être comprendre un tout petit peu mieux le mode de vie japonais, parce que ça fonctionne, tout simplement. Merci chère Papillon !

L’avis de Cachou,

« Pourtant, il était vraiment mignon. C’est le mystère avec les enfants. Ils emploient la magie du retournement, transformant les défauts en charme. Mais c’est une magie qui n’agit que sur leurs parents.« 

« A nouveau, une semaine plus tard environ, une lettre de toi m’est parvenue. Cette fois, j’ai pris trois jours avant de t’expédier ma réponse.

C’était là notre rythme.

Nul doute qu’une personne plus passionnée aurait été agacée, mais pour nous c’était un tempo confortable. Cet amour entre deux personnes sérieuses, banales, à l’éclosion tardive, s’épanouissait avec tempérance, dans la quiétude et la lenteur. Peut-être était-ce un luxe, dans ce monde agité.« 

« Je lui ai même demandé ce qu’il faisait dans la vie, une fois.

« Je suis écrivain, a-t-il répondu en bombant le torse. Même si je n’ai pas encore publié un seul livre. »

Je vois.

Si l’on pouvait se proclamer romancier sans même avoir publié un seul opus, alors n’importe qui dans le monde pourrait s’arroger ce privilège. C’est pourquoi je lui ai dit, moi aussi :

« Je suis romancier, moi aussi. Mais je n’ai rien publié non plus.

– C’est ce que je pensais, a-t-il déclaré. J’ai reconnu l’odeur.« 

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