« La vie en marge » – Dominique Barberis

Gallimard, collection Blanche, 2014, 176 pages

Barberis

Nous sommes en montagne, dans les derniers jours de 1999. Il neige, la Suisse n’est pas très loin, les gens se connaissent tous. La narratrice est infirmière à domicile, elle connait bien les villages du coin, les gens. Elle nous raconte a posteriori, elle mêle évidemment sa propre vie aux évènements, ce qu’elle a vécu avant, quand elle était jeune, ce qu’elle sait des gens chez qui elle entre, comment elle a reconstitué après coup tel ou tel minuscule moment, ce que ça lui a évoqué, pourquoi, comment une chose infime prend tout à coup sens, ou pas. Tout ceci est bien mystérieux, on se demande en permanence où on va, l’ambiance est à la tristesse, pas la vilaine qui plombe mais celle qui sonne juste, celle qui sent la vraie vie, les vrais gens, ce moment où on allume les lumières même si ce n’est pas encore l’heure parce que l’obscurité a un poids, une odeur et une présence et que ça nous dérange, qu’on refuse cette sensation de dimanche soir. Le suspens est latent et notre curiosité grandit. On admire l’apparente contradiction, comment peut-on ressentir à la fois la proximité la plus quotidienne avec ce récit et les sensations qu’il communique et se mettre à bouillonner lentement, avide de savoir, de comprendre, d’avoir le fin mot ? C’est la grande réussite de ce roman, dont on apprécie – en plus – l’épilogue parfait. Somptueux.

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