« L’incendie du théâtre de Weimar » – Jean-Yves Masson

Editions Verdier, 2014, 183 pages

Masson

« On comprend que, le jour où Eckermann demanda à son mentor quelle langue étrangère il devait apprendre en priorité, la réponse ait fusé d’un trait : « L’anglais, bien entendu, mon cher enfant ! L’anglais, toutes affaires cessantes ! » A cause de Byron. Et de Shakespeare. Apprendrait-on des langues, d’ailleurs, si ce n’était pas pour lire les poètes ? Pour le commerce, on s’entend toujours. Pour le droit, le latin permet de tout dire. Le français doit aller de soi : qui pourrait sans lui se prétendre cultivé ? De même l’italien. Dans l’atmosphère spirituelle qui régnait autour de Goethe, et déjà autour de la défunte duchesse régente Anna Amalia, toutes ces langues étaient considérées comme naturelles. Je découvrais là un contraste saisissant avec mon Angleterre natale, où les langues étrangères n’avaient jamais été considérées comme indispensables, même dans les meilleurs collèges. On voyait le plus souvent en elles un luxe un peu futile, et dans le meilleur des cas un ornement de la pensée. Le latin, le grec étaient jugés seuls dignes d’intérêt.« 

Nous sommes en 1825, Goethe est dans ses dernières années et Eckermann note déjà fébrilement pour la postérité tous les détails de ses conversations avec le grand homme. Depuis peu, il est devenu ami avec Robert Doolan, un jeune anglais qui passe quelques temps à Weimar. Ils se sont mutuellement donnés des cours d’allemand/anglais, et tout naturellement Doolan a été amené à rencontrer Goethe, quelques jours après l’incendie de son théâtre. Il sera lui aussi un témoin très privilégié du concert privé (secret même) donné chez Goethe, une version intimiste de « la flûte enchantée« , de Mozart… Un roman aussi charmant que déconcertant pour qui découvre par son intermédiaire cette flûte enchantée, à laquelle sont consacrées de nombreuses pages (une étude vraiment intéressante qui donne férocement envie de la voir sur scène, maintenant qu’on a les bons outils et nombre de ses éléments expliqués). J’ai beaucoup aimé la première partie, consacrée à l’amitié se nouant entre Doolan et Eckermann, qui évoque avec joliesse des thèmes qui me sont chers (les langues, la traduction, la poésie, le théâtre et les lettres en général) mais un flagrant manque de connaissances concernant Goethe et ses contemporains m’a fait passer un peu à côté du reste, je le déplore.

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